Cécile Coulon, marathonienne de la littérature française

Elle avale les kilomètres aussi vite qu'elle noircit les pages. A 25 ans, la romancière auvergnate Cécile Coulon s'est imposée sur la scène littéraire française comme l'un des auteurs les plus prometteurs de sa génération, au point d'être parfois comparée à Françoise Sagan.

Trois à quatre fois par semaine, cette jeune femme au visage de porcelaine, encadré par de fins cheveux blonds platine, chausse ses baskets pour ébaucher la trame de ses futurs romans.

"Si je ne cours pas, je ne peux pas écrire. Cela fait partie de mon processus de création", explique-t-elle, le regard franc. "Comme le jeu Tetris, ça remet parfaitement les idées en place", souligne celle qui prépare une thèse en lettres modernes sur le sport et la littérature, à l'université de Clermont-Ferrand.

Salué par la critique, son cinquième roman fait justement la part belle à la course à pied.

Dans "Le Coeur du Pélican", le personnage d'Anthime est un jeune athlète promis aux Jeux Olympiques, terrassé par une vilaine blessure. Vingt ans plus tard, la mort de son ex-entraîneur et les railleries de ses anciens camarades réveillent ses rêves de gloire endormis. Bedonnant et englué dans une vie banale, il va traverser le pays au pas de course, jusqu'à s'en déchirer le coeur.

L'écriture acérée de Cécile Coulon, d'une maturité déconcertante, dépeint les affres de la défaite sportive et de la gloire éphémère. Ses mots ciselés distillent le goût amer d'une vie bâclée.

Comme dans ses précédents romans, dit "américains" ("Méfiez-vous des enfants sages", "Le Roi n'a pas sommeil"), ou dans son roman d'anticipation ("Le Rire du grand blessé"), ses personnages sont des "bombes à retardement", prêtes à exploser pour sortir du milieu dans lequel ils sont cantonnés.

"J'aime les moutons noirs, les personnages confrontés à eux-mêmes", fait valoir la jeune femme au corps tatoué, qui n'aime en rien ce qui est fade. Elle affectionne la musique de Johnny Cash et d'Hubert-Félix Thiéfaine, autant que les romans de Steinbeck et Tennessee Williams.

 

La relève 

Biberonnée à la lecture dès son plus jeune âge, elle débute l'écriture à 14 ans, publie à 16 son premier roman, "Le Voleur de vie". Auteure de l'immédiateté bien dans ses baskets, elle partage sur sa page Facebook son sens de la formule, ses poèmes et chansons avec une tribu de lecteurs assidus.

"Elle n'est pas dans la frime, elle ne se regarde pas le nombril comme tant d'autres d'écrivains parisiens germanopratins. Elle a au contraire beaucoup d'humour et d'auto-dérision", juge son ami, l'écrivain Bernard Werber, qui voit en elle "la relève de la littérature française".

En juin, le magazine culturel des Inrocks l'a classée parmi les 100 personnalités qui réinventent la culture en France.

"Elle apporte quelque chose de nouveau dans le fond et dans la forme. La presse littéraire l'a remarquée ; il reste maintenant au grand public de la découvrir", ajoute l'auteur de la "Trilogie des Fourmis".

Pourtant, Cécile Coulon ne semble en rien grisée par le succès. "Les lauriers, ça fane", résume celle pour qui "il n'y a rien de pire que d'avoir le boulard" (la grosse tête, ndlr).

"Elle est en quête d'elle-même ; elle est à l'écoute de ce que l'on lui dit", confirme son éditrice Viviane Hamy, qui réfute toutes références à Françoise Sagan. "Elle a une virtuosité incontestable mais elle a encore beaucoup de choses à apprendre. Son talent, elle doit le protéger en vivant sa vie et non en se gargarisant de ce qu'on lui dit."

Une mise en garde visiblement partagée par la jeune femme, qui a choisi délibérément de ne pas migrer vers la capitale. "C'est un geste de protection, tout simplement par rapport à un système qui a tendance à glorifier la jeunesse très vite mais aussi à la casser derrière", dit-elle.

"Loin de Paris, je ne m'égare pas. C'est une force de vivre à Clermont. Il y a un petit côté +Harry Potter+ ou +Lovecraft+ dans cette ville entourée de volcans", confie-t-elle. "Et puis, je me suis beaucoup moins droguée que Sagan!"