"On parlait d'amour" de Benjamin Deman, un recueil de nouvelles tendres et profondes

L'écrivain Benjamin Deman.
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L'écrivain Benjamin Deman. - © Benjamin Deman

15 nouvelles. 15 histoires d’amour. Et des personnages qui semblent passer à côté. À côté de l’amour, à côté de la vie. Des textes ancrés dans le quotidien. Celui qui ronge et ennuie parfois. Le pire, c’est que ces personnages semblent ne s’apercevoir de rien. Enfin peut-être pas. La vie suit simplement son cours.

L’écrivain belge Benjamin Deman signe un beau recueil de nouvelles. Et il semble nous dire : "Mais où est passé l’amour ?". Un livre plein de tendresse parfois désespérée. On y suit notamment un père parti à la rencontre de son fils après des lustres sans le voir. Trop de temps et de non-dits semblent rendre la rencontre impossible. Aura-t-elle seulement lieu d’ailleurs ? Et pourtant l’élan est bien là. Celui qui pousse ce père vers son fils. Benjamin Deman ne s’attarde pas à raconter leur histoire par le menu, à détailler ce qui les a conduits à cette absence d’échanges. Non, il préfère raconter cette soirée où le père veut voir le fils, ce moment où ce qui semblait possible s’évanouit ; où il est difficile de nouer des liens qui se sont perdus.

Ce père, parlons-en. Il se souvient quand un matin de janvier, il fouillait le tiroir où se trouvaient les aspirines… "Je l’ai entendue dans mon dos et quand je me suis retourné et que j’ai vu son regard, j’ai tout de suite compris. Elle est restée muette, m’a tendu une feuille : trois ou quatre lignes, où elle m’écrivait que c’était fini. Je n’ai pas gardé la lettre mais je me souviens avoir lu qu’elle ne m’aimait plus et ça m’a fait pleurer comme un gosse. Mais je n’ai pas vraiment essayé de la retenir… Ça peut paraître étrange, mais je suis fier de l’avoir laissée partir de cette manière. J’ai l’impression que c’était la dernière occasion que j’avais de la respecter, après tant de saloperies et de mensonges." Tout y est dans ces quelques lignes : le flottement, la tristesse, l’impossibilité de parler. Des moments suspendus que l’on ne sait comment rattraper.

Ces flottements, cette tristesse, cette incommunicabilité se répètent inlassablement au fil des nouvelles. Une répétition qui nous interpelle, nous parle. Comme un air de déjà-vu. Benjamin Deman réussit ce tour de force avec des scènes de la vie quotidienne. Comme dans sa nouvelle Au bout du compte, où François descend sortir les poubelles et se retrouve à passer la soirée chez son voisin du dessous. On y est, chez le voisin avec François. On y est, dans sa tête, quand il peste sur sa femme et monte une armoire Ikea. Drôle et touchant.

L’écrivain bruxellois Benjamin Deman n’en est pas à son coup d’essai. Il a écrit plusieurs nouvelles et été primé pour certaines d’entre elles. Aujourd’hui, il publie son premier recueil chez l’Harmattan. Des nouvelles profondes, toujours tendres.

Benjamin Deman, On parlait d’amour, chez L’Harmattan