« Bed Bug » un Katherine Pancol surprenant

Sous ses airs de roman à l’eau de rose – la couverture représente littéralement un pétale – "Bed Bug" (Albin Michel) s’avère étonnant à plus d’un égard.

De prime abord, le sujet du livre paraît évident : Rose, une jeune chercheuse – spécialiste des insectes – tombe amoureuse de son collègue, Leo, ce qui vient bousculer tous ses plans de vie. Mais avec cette nouvelle histoire, Katherine Pancol aborde avec délicatesse de nombreux sujets tabous : violences sexuelles, violences conjugales, thérapie, suicide, manipulation, relations toxiques, fantasmes… Le tout enrobé de réalisme et d’une sagesse bienveillante.

Quelques métaphores savamment distillées offrent ici des respirations nécessaires et sans pudeur. Et elles sont très parlantes ! On en apprend ainsi autant sur la vie sexuelle des insectes que sur celle de nos personnages, tous hauts en couleur. De façon générale, la plume reste légère, drôle mais émouvante. Les idées véhiculées sont modernes, résolument féministes et pleines d’espoir. L’espoir déborde de partout, même dans les moments les plus sombres. L’intrigue et l’anxiété sous-jacente vous prennent très vite et vous vous creusez la tête pour tenter de deviner ce qu’elle a, Rose, parce qu’elle ne tourne pas rond.

De l'espoir partout

En ce sens, la "révélation" n’était plus vraiment une surprise mais elle n’en a pas perdu de sa force. Elle confirme nos soupçons, nos craintes, nos peines. Le portrait sans concession des errances psychologiques de notre héroïne en devient parfois glaçant, en témoigne cet extrait : "Petit à petit, Rose avait "oublié". Il lui arrivait même de se demander si c’était VRAIMENT arrivé. Si elle n’avait pas EXAGÉRÉ.  Après tout, elle n’en était pas morte, hein ?". Mais c’est là que l’espoir revient. Il se construit doucement. Il est nécessaire et le message qu’il véhicule est vital à entendre. Comme l’explique Katherine Pancol, "Rose est arrivée à faire de ce malheur quelque chose qui va la constituer, la rendre plus forte".

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Finalement, les relations sentimentales, elles, servent de prétexte à l’introspection. De cette façon, ce qui pourrait s’apparenter au journal intime d’une adolescente au cœur d’artichaut va bien plus en profondeur que cela. Les personnages masculins ne sont certes pas épargnés, Pancol les décrit en faisant ressortir leurs mauvais côtés mais c’est la dynamique entre eux et Rose qui s’avère plus qu’intéressante. Tour à tour, elle s’imagine faire sa vie avec, pensant trouver en eux la clé pour guérir de ses traumatismes, leur colle ensuite tous les maux du monde, leur invente des intentions, les fuit, ne peut s’en détacher…

L’auteure explique : "Aujourd’hui, surtout dans les grandes villes, les filles ont appris à gagner leur indépendance, à être libres, à ne pas dépendre d’un homme ou de parents même si elles sont encore un peu à l’âge de leur mère pour tout ce qui est sentimental, elles rêvent encore beaucoup du prince charmant". Ces constatations, issues de nombreux entretiens conduits par Katherine Pancol, se retrouvent effectivement chez notre protagoniste. Mais les apparences premières de roman à l’eau de Rose laissent ensuite place à ce message d’amour et de respect de soi, très puissant. Ce roman se révèle être donc bien différent de ce que l’on aurait pu s’imaginer en l’ouvrant, et c’est une très bonne chose.

L'interview de l'auteure