« Au pays des kangourous », le nouveau roman de Gilles Paris

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Entre fable et réalité, Gilles Paris évoque des choses graves, à travers la parole de Simon, confronté à la dépression de son père. Aux éditions Don Quichotte.

Christine Pinchart a rencontré Gilles Paris.















Christine Pinchart : Cet enfant, héros de votre roman, et qui donne le sentiment de tout comprendre, il est né en vous ?

Gilles Paris : Il a toujours été en moi, et je crois qu’à neuf ans, on est doué d’une curiosité insatiable et on veut tout comprendre. Malheureusement les adultes ne prennent pas toujours le temps d’expliquer les choses, et particulièrement quand elles sont graves. Un enfant lui, ne s’arrête pas à une seule réponse ; il harcèle son père et sa mère pour comprendre. J’aime bien cette curiosité qu’on perd un peu avec le temps.

J’aime bien ce paradoxe entre la violence de l’absence et de la maladie et la douceur de l’univers de Simon, sa légèreté ?

Gilles Paris : Parce qu’on a l’impression que l’enfance est dans une bulle ultra protégée, et que l’enfant quoi qu’il arrive, s’en sortira toujours. La difficulté pour Simon, c’est qu’il est enfant unique. Il a besoin de se confier et d’exister en tant qu’enfant. A neuf ans, on a besoin de ressembler à tout le monde et d’avoir un modèle, c’est plus tard qu’on sort du troupeau.



Simon va sortir du troupeau dans cette forme parallèle de l’écriture du livre. C’est ce qu’il invente, et ce à quoi il rêve ?

Gilles Paris : Oui, et les rêves dans le livre sont importants, parce que c’est un peu la part adulte de Simon. Simon étant enfant unique, il aime les jeux auxquels jouent tous les enfants, mais il a une sorte de don et il est capable de fermer les yeux et de rêver à n’importe quel moment de la journée. Chez lui, dans la rue, à l’école, il fait des rêves très étranges, pour la plupart oniriques, et qui précèdent certains moments. Un peu comme si ses rêves lui permettaient d’être un enfant devin. Il y a beaucoup d’explications dans ses rêves et c’est un peu la part adulte de Simon qui s’exprime.

A côté des parents de Simon, on trouve Lola, la mamy ; un personnage extrêmement romanesque ?

Gilles Paris : Oui, d’ailleurs, Simon a des parents qui sont très actuels. Il a un papa poule, qui avant de vivre cette dépression, est un écrivain qui écrit pour les autres et qui gagne très bien sa vie. ll n’a pas d’ambitions littéraires personnelles et cela lui permet de passer beaucoup de temps avec Simon qu’il adore. Quant à la maman, elle est extrêmement ambitieuse, elle a réussi à décrocher un job en or, elle forme des équipes en Australie, sur des missions qui sont très longues, et donc, elle est peu souvent à Paris. C’est un couple d’aujourd’hui, maintenant je ne suis pas sûr qu’on arrive vraiment à équilibrer sa vie de famille, quand on travaille autant. Il n’y a que les féministes qui y croient.

Alors, Lola c’est un personnage très lumineux, c’est le rayon de soleil du roman. C’est une femme rousse, flamboyante, pleine de couleurs et qui représente une grand-mère assez originale.

Gilles Paris : Je me suis d’ailleurs inspiré de ma grand-mère paternelle chez qui j’adorais aller quand j’avais neuf ou dix ans. On faisait tourner les tables, on invoquait les esprits et quand on a neuf ans c’est magique. Et elle faisait venir toutes sortes de copines qui sont représentées dans le roman sous forme de sorcières. Bon elles n’étaient pas aussi branques que dans le roman, elles n’avaient pas fait de la prison, comme c’est le cas dans le roman. Il y en a une qui a tué, une autre qui préfère parler avec les morts… Elles sont toutes assez secouées, mais elles savent redonner le sourire à la grand-mère.

C’est aussi la découverte d’une aventurière qui a vécu à travers le monde, d’une manière qui fascine Simon ?

Gilles Paris : Elle a beaucoup voyagé, elle

A propos de ce père dépressif, vous ne dites pas les choses de manière directe, vous utilisez des métaphores, et je ne dévoile rien en disant qu’au début du livre, on trouve papa caché dans le lave-vaisselle ?

Gilles Paris : Qui est l’endroit le plus improbable pour se cacher dans une maison. Et pourtant, certains dépressifs le font. Comme le livre était vu par les yeux de l’enfant, il fallait que cela garde un certain mystère, cette dépression. Et puis dans le livre, il y a Lily, la petite fille autiste, qui parle de la dépression comme certains adultes le font. La dépression n’a rien d’onirique et il fallait rendre à cette maladie une part de vérité.

Lily, on va lui garder son mystère, mais elle a avec Simon, une belle relation. Leurs dialogues et leurs partages sont intéressants ?

Gilles Paris : Lily est autiste, même si le mot n’est jamais prononcé dans le roman, elle a des comportements autistes : elle allume et éteint les lumières, elle touche la nourriture avant de la manger, elle saute au-dessus des flaques d’eau. Tout cela, ce sont des symptômes liés à l’autisme. C’était important que cette enfant soit malade, car quoi de mieux qu’un malade pour expliquer une maladie. Et c’est Lily qui vient toujours à Simon.

Et quand elle disparaît, c’est pour Simon un pas vers une nouvelle vie ?

Gilles Paris : Il fallait qu’ à un moment donné, tout aille vers quelque chose de concret. Il fallait que Lily s’efface et cède sa place à une petite fille qu’on découvrira et qui s’appelle Alice. C’est elle qui va aider Simon à revenir vers une réalité concrète.

Un roman bouleversant et plein d’optimisme et de légèreté, malgré l’absence. La fin surprend le lecteur et suscite de nouvelles émotions.

Christine Pinchart

« Au pays des kangourous » de Gilles Paris, chez Don Quichotte.

Papa et Maman sont morts, est réédité et sort chez Point Seuil le 19 janvier 2012.