Après le Goncourt, le premier prix Femina des lycéens décerné mercredi à Rouen

Sur les traces du prix Goncourt des lycéens, qui connaît un franc succès depuis des années, un prix Femina des lycéens sera décerné pour la première fois mercredi, un projet mûri dans un établissement situé en zone défavorisée de la banlieue de Rouen.

Douze délégué(e)s de six établissements de l'académie rouennaise vont choisir le lauréat de cette nouvelle récompense littéraire à partir de la sélection de 11 ouvrages établie par le jury du vénérable prix, créé en 1904 et dont la particularité est de n'être composé que d'écrivaines.

La décision du jury lycéen sera proclamée mercredi à 12h30 à la librairie rouennaise "L'Armitière".

Les élèves, filles et garçons, membres du jury et désignés par leurs camarades, sont issus de classes de Première de section littéraire (L) et scientifique (S). Leurs établissements sont situés à Rouen ou dans sa périphérie, pour cinq d'entre eux, le sixième étant à Montivilliers, dans l'agglomération du Havre.

"On a souhaité que ce soit des établissements différents les uns des autres, pas uniquement des lycées de centre-ville mais de toute l'académie" explique Évelyne Bloch-Dano, écrivaine, chroniqueuse littéraire et ancienne professeure de lettres qui, au sein du jury Femina, s'occupe plus particulièrement du projet.

Cette initiative est un partenariat à trois entre "les dames du Femina", le rectorat de Rouen et la librairie qui a fourni les livres, comme le fait, à une plus grande échelle, la Fnac pour le Goncourt des lycéens.

Après avoir "consolidé" le prix dans l'académie de Rouen, le projet serait de l'étendre à toute la Normandie puis à d'autres régions afin que le Femina des lycéens devienne national.

"L'idée est que ce soit des librairies indépendantes locales qui participent au prix", indique Évelyne Bloch-Dano.

A l'origine de ce nouveau prix, il y a une frustration d'élèves du lycée Val-de-Seine du Grand-Quevilly, au sud de Rouen, de ne pouvoir participer autant qu'ils le voudraient au Goncourt des lycéens. En effet, quand un établissement y a participé, il doit attendre cinq ans avant de poser à nouveau sa candidature.

Soif de lecture

Pour répondre à cette frustration, une professeure de français, Marie-Emma Dionne, 48 ans, et une professeur-documentaliste, Hélène Michaud, 46 ans, ont organisé l'an dernier un prix Femina "interne", pour une seule classe.

Devant le succès rencontré, pour étancher la soif de lecture de leurs élèves - en majorité issus de milieux défavorisés -, les deux professeurs vont contacter le jury Femina afin d'aller plus loin et de créer un véritable prix lycéen.

Tout va ensuite aller très vite. Deux représentantes du Femina vont se rendre au Grand-Quevilly et vont être conquises par les réactions des élèves.

Même élan du côté du rectorat. "On était totalement enthousiastes", confirme Marion Laude, déléguée académique à l'action culturelle.

Depuis le 4 octobre, les 200 élèves des six classes se repassent les 11 ouvrages, dont certains sont des pavés de plusieurs centaines de pages.

"C'est la première fois qu'ils avaient entre les mains des livres neufs d'une trentaine d'euros, pas seulement des livres de poche", soulignent les deux enseignantes du lycée Val-de-Seine.

Le Femina 2016 a été attribué le 25 octobre à Marcus Malte pour son roman "Le garçon" (Zulma).

Rien ne s'oppose à ce que les lycéens normands le choisissent aussi. Ou qu'ils récompensent à leur tour "Petit pays" (Grasset) de Gaël Faye, rappeur et écrivain franco-rwandais, lauréat le mois dernier du Goncourt des lycéens.

Les autres ouvrages en lice sont "Continuer" (Minuit) de Laurent Mauvignier, "Règne animal" de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard), "Tropique de la violence" (Gallimard) de Nathacha Appanah, "L'odeur de la forêt" (Arléa) d'Hélène Gestern, "Au commencement du septième jour" (Stock) de Luc Lang, "La sainte famille" (L'Olivier) de Florence Seyvos, "Marcher droit, tourner en rond" (Verdier) d'Emmanuel Venet, "Le cri" (Grasset) de Thierry Vila, et enfin "14 juillet" (Actes Sud), d'Éric Vuillard.