Allemagne: une biographie non autorisée égratigne Helmut Kohl

François Mitterand et Helmut Kohl en 1984
François Mitterand et Helmut Kohl en 1984 - © MARCEL MOCHET - BELGAIMAGE

Une biographie non autorisée d'Helmut Kohl, mise en vente mardi en Allemagne, révèle ses propos acerbes contre d'anciens amis politiques et égratigne l'image du père de la Réunification, qui apparaît aigri après son retrait de la vie politique.

"Madame Merkel ne savait même pas manger avec un couteau et une fourchette." La phrase évoque les débuts politiques de la femme la plus puissante du monde, repérée par Helmut Kohl qui la surnommait "la gamine".

Elle est tirée du livre "Héritage. Les procès verbaux Helmut Kohl", signé des journalistes Heribert Schwan et Tilman Jens. L'ouvrage a suscité un débat en Allemagne sur le véritable visage du chancelier de la Réunification, à l'heure où le pays s'apprête à célébrer les 25 ans de la chute du Mur de Berlin.

Tiré de 600 heures d'entretiens (entre mars 2001 et octobre 2002) accordés à Heribert Schwan, choisi par M. Kohl pour rédiger avec lui ses mémoires - un projet qui sera interrompu en 2009 -, le livre distille les petites phrases sur le monde politique allemand et révèle un personnage cassant voire aigri, bien loin de celle du grand homme d'Etat.

"Le règlement de comptes", a titré le magazine Der Spiegel cette semaine, soulignant que "jamais auparavant ni par la suite" l'ancien chancelier, aujourd'hui âgé de 84 ans et gravement handicapé par un accident vasculaire cérébral en 2009, n'a "parlé aussi ouvertement avec un journaliste".

"Jusqu'ici, on savait que Kohl pouvait être rancunier mais les discussions montrent qu'il n'a oublié aucune marque de mépris, aucune des humiliations qui lui ont été infligées au cours de sa carrière" et "c'est rempli de fureur qu'il évoque les compagnons de route et les protégés par lesquels il estime avoir été trahi".

Au moment où il accorde ces entretiens, Kohl est en retrait de la vie politique, et son image est ternie par sa défaite aux législatives de 1998 et un scandale des caisses noires de son parti, l'union chrétienne-démocrate (CDU).

Aujourd'hui, très affaibli par la maladie et souffrant d'une élocution difficile, Helmut Kohl n'apparaît plus que rarement en public. Il doit cependant apparaître mercredi à la Foire du livre de Francfort à l'occasion d'une réédition de ses mémoires.

Selon le magazine Focus, les avocats de l'ex-chancelier souhaitaient faire interdire la parution d'"Héritage". Mardi, le directeur juridique de l'éditeur, Rainer Dresen, a indiqué qu'il avait certes bien reçu une lettre émanant des avocats de M. Kohl, mais précisé qu'elle n'avait aucune portée juridique.

En touchant à celui qu'un sondage de 2011 plaçait au 5e rang des "plus grands Allemands de tous les temps", le portrait dressé par MM. Schwan et Jens a suscité une vive controverse.

Certains commentateurs fustigent le côté voyeur du livre, accusé de ne s'intéresser qu'aux sombres cuisines de la politique.

Le livre sera certes "un best-seller", soulignait le quotidien régional "Thüringische Landeszeitung". "Dans quelques semaines, tout sera rentré dans l'ordre mais le plus triste demeurera: un homme qui a accompli beaucoup est réduit à quelques citations colériques. Et on peut penser ce qu'on veut de Kohl, il n'a pas mérité ça."

Le journal bavarois "Münchner Merkur", comme d'autres, estimait au contraire que les commentaires de Kohl, "fléchettes empoisonnées" surgies du passé "doivent être considérées comme "des pièces de puzzle venant quelque peu nuancer son image".

M. Schwan a aussi été critiqué pour avoir utilisé les bandes des entretiens avec Kohl alors qu'elles ne lui appartiennent pas. Une décision d'un tribunal de Cologne a en effet estimé que le journaliste devait les restituer au politicien.

Lors d'une conférence de presse prise d'assaut mardi dans un grand hôtel de Berlin, les auteurs ont justifié leur démarche. "Je n'ai jamais signé d'engagement au silence", a affirmé M. Schwan.

Selon l'expert juridique de l'éditeur, le tribunal de Cologne n'a statué que sur la propriété matérielle des enregistrements et non sur leur utilisation. Par ailleurs, n'ont été publiées que des citations "apportant un éclairage politique ou social intéressant" et "rien d'intime", a souligné M. Dresen.

"Il a été l'un des plus grands serviteurs de l'Etat, ces mémoires appartiennent au public", a estimé Tilman Jens.


Belga