27 ans après la fatwa, l'Académie suédoise soutient Salman Rushdie

Il aura fallu près de trois décennies pour que l'Académie suédoise, institution tricentenaire qui décerne le prix Nobel de littérature, dénonce la fatwa visant l'écrivain britannique Salman Rushdie, auteur des "Versets sataniques" honni des islamistes.

Dans une tribune publiée jeudi par le quotidien Dagens Nyheter, l'académie pourfend "une condamnation à mort prononcée pour châtier une création littéraire", ce qui constitue à ses yeux "une grave violation de la liberté d'expression".

"L'indépendance de la littérature vis-à-vis du contrôle politique est impérieuse pour la civilisation et doit être préservée des attaques des partisans de la vengeance et de la censure", écrit son secrétaire perpétuel, Tomas Riad.

C'est au nom de ce même principe d'indépendance que les académiciens s'étaient abstenus de prendre position sur l'affaire Rushdie en 1989, déchirés entre tenants d'un soutien franc à l'écrivain et garants de la neutralité du cénacle.

L'auteur d'origine indienne était devenu l'ennemi désigné des musulmans fondamentalistes en mettant en scène dans ses "Versets" des prostituées rêvant qu'elles étaient les femmes du prophète Mahomet.

L'imam Khomeiny, guide suprême de la révolution islamique iranienne, a prononcé à son encontre le 14 février 1989 une fatwa le condamnant à mort.

Trois des membres de l'Académie suédoise indignés par son silence, Kerstin Ekman, Lars Gyllensten puis Werner Aspenström, en avaient quitté les bancs, sans cependant être autorisés à démissionner, ses statuts ne le permettant pas.

L'académie, dont la composition a été très largement renouvelée depuis, s'est décidée à prendre position après que la somme offerte pour l'assassinat de Rushdie eut été augmentée fin février par une quarantaine de médias iraniens, a justifié Tomas Riad.


Belga