Pas d'acquéreur pour des lettres de Marcel Proust

Datant de 1913 à 1916, cet ensemble de 16 lettres rassemblant plus de 90 pages était estimé entre 200 000 et 300 000 euros par la maison Christie's, qui organisait la vente à Paris.
Datant de 1913 à 1916, cet ensemble de 16 lettres rassemblant plus de 90 pages était estimé entre 200 000 et 300 000 euros par la maison Christie's, qui organisait la vente à Paris. - © Otto Wegener (1849-1924)

Des lettres de Marcel Proust mises aux enchères lundi et racontant comment l'écrivain fit campagne pour être publié et obtenir le Goncourt n'ont pas trouvé preneur. Datant de 1913 à 1916, cet ensemble de 16 lettres rassemblant plus de 90 pages étaient estimées entre 200 000 et 300 000 euros par la maison Christie's, qui organisait la vente à Paris. "Le lot n'a pas trouvé preneur", a indiqué la maison de vente contactée.

Dans ces lettres, Proust demandait à son ami René Blum, alors secrétaire général du quotidien Gil Blas, très bien introduit dans le monde de l'édition, de soumettre "Du côté de chez Swann", premier volume de À la recherche du temps perdu", à l'éditeur Bernard Grasset, pour le publier à compte d'auteur. En février 1913, alors que le contrat d'édition n'est même pas signé, Proust envisage déjà de soumettre son roman à des prix littéraires, révèle une des lettres. "Si cela pouvait faire plaisir à M. Grasset, je pourrais le présenter à un prix Goncourt quelconque, je dis cela un peu au hasard car je ne sais pas très bien ce que c'est que le prix Goncourt", écrit Proust à son ami.

René Blum parviendra à convaincre Bernard Grasset de publier le premier volume de la Recherche. Marcel Proust est fou de reconnaissance. "Cher René Blum, il faut absolument que vous me demandiez un service quelconque car vous me ferez bien plaisir", s'exclame-t-il. Dans plusieurs autres lettres, Proust n'hésite pas à solliciter des amis proches des cercles littéraires (Jean Cocteau, Lucien Daudet, Louis de Robert,...) pour lui assurer la publicité de son livre. Quand la NRF (la maison d'édition de Gallimard) montre de l'intérêt pour le publier, Proust sollicite de nouveau René Blum pour l'aider à se défaire de ses obligations contractuelles envers Grasset.

Une autre vente organisée en fin d'après-midi par Christie's proposait d'autres textes de Proust. La vente devait se terminer en début de soirée. Parmi les lots mis à l'encan figurait notamment un exemplaire original d'"À l'ombre des jeunes filles en fleurs", comportant un envoi autographe au critique et poète Henri Ghéon, estimé entre 8 000 et 12 000 euros.

Provenant de la collection du pianiste Alfred Cortot (1877-1962), Christie's proposait également une édition de luxe avec ses deux "placards" (jeu d'épreuves) d'"À l'ombre des jeunes filles en fleurs" (80 000/120 000 euros) et un texte dactylographié corrigé de la main de Proust de l'incipit d'"Un amour de Swann" (30 000/40 000 euros).