Milan Kundera, auteur de "L'insoutenable légèreté de l'être", fête ses 90 ans

Milan Kundera en 2010
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Milan Kundera en 2010 - © MIGUEL MEDINA - AFP

"Je suis né un 1er avril. Ce n'est pas sans impact sur le plan métaphysique", rappelait avec l'ironie qui le caractérise, au cours d'un de ses rares entretiens, l'écrivain Milan Kundera qui fête lundi son 90e anniversaire.

Né Tchèque, Français depuis 1981, l'auteur de "L'insoutenable légèreté de l'être" (Gallimard, 1984), peintre sarcastique de la condition humaine, n'appartient pas à l'Académie française, n'a pas reçu le Nobel de littérature - des honneurs qu'il aurait amplement mérités - mais est bien l'un des plus grands auteurs contemporains.

L'écrivain qui fuit les médias mais qu'on peut voir se promener, accompagné de sa femme Vera, autour de la rue du Cherche-Midi, dans son quartier du 6e arrondissement de Paris, ne devrait pas célébrer son anniversaire. Dans son dernier roman, "La fête de l'insignifiance" (2014) un de ses personnages avouait se méfier des chiffres qui renvoient à "la honte de vieillir".

Milan Kundera, un des rares auteurs à être entré de son vivant dans La Pléiade (en 2011), souhaite qu'on parle d'abord de son oeuvre avant de parler de lui. Son dernier passage à la télévision remonte à 1984, sa dernière interview à un journaliste date de 1986.

Quasi invisible, l'auteur de "L'immortalité" et de "La vie est ailleurs" est régulièrement la victime de macabres canulars sur les réseaux sociaux où, plusieurs fois, sa mort a été annoncée.

- Ne pas prendre le monde au sérieux -

Né à Brno, dans l'actuelle République tchèque, le 1er avril 1929, destiné (comme ses parents) à une carrière de musicien Milan Kundera fut d'abord un romancier mélomane. Ses premiers textes, des poèmes rédigés en tchèque, sont composés comme des sonates.

Proche du régime communiste, Kundera s'en éloigne assez vite sans pour autant devenir un dissident.

En 2008, un magazine tchèque exhumera un "document" de la police communiste de Prague de 1950 suggérant que l'écrivain aurait dénoncé un de ses concitoyens durant la sombre période stalinienne. Blessé par ces accusations, Milan Kundera ne riposte pas.

"On pardonne difficilement à un homme d'être grand et illustre. Mais encore moins, s'il réunit ces qualités, d'être silencieux", écrit dans une tribune publiée par Le Monde la dramaturge Yasmina Reza. Des écrivains comme Gabriel Garcia Marquez et Philip Roth prennent sa défense.

Lorsqu'il était encore Tchèque, Milan Kundera a publié deux romans, "La plaisanterie" (1965, salué notamment par Aragon) et "Risibles amours" (1968), des textes dressant un bilan amer des illusions politiques de la génération du coup de Prague qui, en 1948, permit l'arrivée au pouvoir des communistes.

Mis à l'index dans son pays après le Printemps de Prague, Kundera s'exile en France avec Vera en 1975. Naturalisé français en 1981, il choisira dès lors le français comme langue d'écriture pour marquer sa rupture avec son pays natal qui l'a déchu de sa nationalité en 1978 (Prague a proposé de la lui rendre l'an dernier).

En France, il publie "La valse aux adieux", "Le livre du rire et de l'oubli"... En 1984, paraît ce que d'aucuns considèrent comme son chef d'oeuvre, "L'insoutenable légèreté de l'être", formidable roman d'amour et ode à la liberté, tout à la fois grave et désinvolte, dont le sujet n'est rien de moins que la condition humaine. Le livre sera adapté au cinéma en 1988 par l'Américain Philip Kaufman, avec Juliette Binoche et Daniel Day Lewis.

Analyste de son propre travail, il a notamment signé en 1986 "L'art du roman". Il y expliquait qu'"en entrant dans le corps du roman, la méditation change d'essence. En dehors du roman, on se trouve dans le domaine des affirmations, tout le monde est sûr de sa parole: un politicien, un philosophe, un concierge... Dans le territoire du roman, on n'affirme pas: c'est le territoire du jeu et des hypothèses".

Dans "La fête de l'insignifiance", le romancier, par la voix d'un de ses personnages, poursuivait sa réflexion à l'aune de son oeuvre: "Nous avons compris depuis longtemps qu'il n'était plus possible de renverser ce monde, ni de le remodeler, ni d'arrêter sa malheureuse course en avant. Il n'y avait qu'une seule résistance possible: ne pas le prendre au sérieux".