Le Grand prix du roman de l'Académie française décerné à Laurent Binet

L'Académie française a ouvert jeudi la saison des prix littéraires en décernant son Grand prix du roman à Laurent Binet pour "Civilizations".
L'Académie française a ouvert jeudi la saison des prix littéraires en décernant son Grand prix du roman à Laurent Binet pour "Civilizations". - © JOEL SAGET - AFP

L'Académie française a ouvert jeudi la saison des prix littéraires en décernant son Grand prix du roman à Laurent Binet pour "Civilizations", a annoncé son éditeur Grasset sur Twitter. Le romancier a été choisi au 4e tour par 10 voix, contre 8 pour Bruno de Cessole ("L'île du dernier homme", Albin Michel), a ensuite précisé l'Académie. Âgé de 47 ans, l'auteur de "HHhH" (Goncourt du premier roman en 2010) et de "La septième fonction du langage" (prix du roman Fnac et prix Interallié en 2015) est récompensé cette fois pour une uchronie imaginant la conquête de l'Europe par les Incas au XVIe siècle.

Vers l'an mille, la fille d'Erik le Rouge quitte le Groenland pour faire cap vers le Sud. Dans ses soutes, il y a des chevaux, des forgerons connaissant le secret du fer et des hommes porteurs de quelques maladies qui aideront (après avoir manqué de décimer les autochtones) à fabriquer des anticorps bien utiles quelques siècles plus tard. En 1492, quand Christophe Colomb débarquera (sans le savoir) en Amérique la donne ne sera plus la même. Capturé par les Indiens (armés de flèches aux pointes de fer et résistants aux maladies des Blancs), le navigateur ne retournera jamais en Espagne. En 1531, fuyant l'armée de son frère Huascar, le chef inca Atahualpa prend l'océan en route vers l'Europe. Rien n'est vrai bien sûr mais tout est réaliste. C'est la grande force de ce roman d'histoire parallèle où l'on croise Charles Quint, François Ier, Erasme, Luther ou Montaigne.

D'autres mondialisations possibles

Dans son "Histoire du monde au XVIe siècle" (Fayard, 2009), l'historien Patrick Boucheron racontait comment d'autres mondialisations auraient pu être possibles. Laurent Binet reprend cette thèse avec brio. Son livre (384 pages, 22 euros) est érudit (trop parfois) et drôle (souvent). L'écrivain à l'éternel air d'adolescent – "Civilizations" est évidemment une référence au jeu vidéo "Civilization" ! – multiplie les clins d’œil. La laine des lamas remplace celle des moutons sur le Vieux Continent, une pyramide (aztèque) est dressée dans la cour du Louvre... La lecture invite à réfléchir sur ce qui serait l'état actuel du monde si l'histoire s'était déroulée de la manière dont l'imagine l'écrivain. Laurent Binet, homme de gauche, se garde d'y apporter une réponse.

L'an dernier, le Grand prix du roman de l'Académie française avait été décerné à Camille Pascal pour "L'été des quatre rois" (Plon).