Il faut lire James Baldwin !

James Baldwin, en France, en 1979
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James Baldwin, en France, en 1979 - © RALPH GATTI - AFP

Une injonction n’est jamais plaisante. Mais elle émane de l’un de mes libraires préférés. Une injonction manuscrite, sur un post it en haut d’une pile de livres à la couverture rose. Ce livre, c’est Si Beale Street pouvait parler.

Et c’est un très beau roman que James Baldwin écrit dans le Sud de la France au début des années septante. Toujours la même histoire, la sienne. Une histoire de Noirs dans une Amérique qui leur est hostile. L’Amérique que Baldwin a fuie pour venir se réfugier en France. L’Amérique de "Harlem Quartet"… Mais ici, Baldwin troque le gospel contre la musique de Ray Charles, Aretha Franklin, B.B. King ou Ella Fitzgerald.

pour lire un extrait

Si Beale Street pouvait parler, c’est l’histoire d’amour entre Fonny, un jeune sculpteur noir et son amie d’enfance Tish, au cœur du quartier new-yorkais d’Harlem, au plus fort des années cinquante. Un amour qui transcende le racisme, le mensonge et la violence alors qu’une jeune Portoricaine accuse Fonny de l’avoir violée. Il est jeté en prison. Et on s’interroge sur le rôle d’un flic blanc dans l’émergence de ce témoignage.  Tish, enceinte, et sa famille vont devoir se battre prouver l’innocence de Fonny.

James Baldwin nous décrit des personnages que la fragilité rend attachants ; que la détermination rend admirables. Leur humanité se fracasse sans cesse sur le mur répugnant du racisme tantôt institué tantôt ordinaire (mais le racisme est-il jamais ordinaire ?). Tish a d’ailleurs acquis la certitude que la ville ne l’aime pas.

Les gens nous regardaient comme si nous avions été des zèbres – or il se trouve que certains aiment les zèbres et d’autres pas. Mais on ne demande jamais son avis au zèbre.

James Baldwin s’était exilé en France parce qu’il ne supportait plus de vivre au pays de la ségrégation raciale. Il voulait aussi écrire sans être réduit à son identité noire. Il voulait être libre. Mais ses romans l’ont toujours ramené à New York.

La sortie cette semaine sur nos écrans du film de Barry Jenkins est une belle occasion de (re)plonger dans l’univers de James Baldwin. Il avait écrit Si Beale Street pouvait parler en 1974. Harlem Quartet suivra quelques années plus tard.
Oui, il faut lire James Baldwin !

Si Beale Street pouvait parler, de James Baldwin est paru chez Stock