Georges Simenon, 30 ans déjà et toujours d'actualité

Il y a trente ans, dans la nuit du 3 au 4 septembre 1989, Georges Simenon s'éteignait à Lausanne à l'âge de 86 ans. De nombreuses publications, surtout françaises, ont fleuri pour marquer cet anniversaire et rendre hommage au père du commissaire Maigret, mais aussi de celui qui reste à ce jour l'auteur belge le plus lu et adapté dans le monde. 

Les éditions Omnibus ont ainsi publié au début de l'année "Tout Maigret" en 10 volumes, avec des préfaces inédites élaborées par les plus fins connaisseurs de l'oeuvre de Simenon, parmi lesquels l'écrivain et journaliste Pierre Assouline, l'écrivain et cinéaste Philippe Claudel ou encore l'acteur Bruno Solo. La même maison d'éditions a publié en mars "Maigret, traversées de Paris", et en juin, "Simenon, le bonheur à La Rochelle" par le scénariste et biographe belge Michel Carly. Murielle Wenger, qui assure notamment la cogestion du blog international Simenon-Simenon, tout en contribuant aux "Cahiers" diffusés par l'Association des "Amis de Simenon", a sorti pour sa part, à la fin du mois d'août, aux Éditions Luc Pire, une "Enquête sur le commissaire à la pipe" qui lui aura demandé pas moins de 15 ans d'une recherche minutieuse pour réunir en douze chapitres l'univers du commissaire Jules Maigret.

Les Presses de la Cité rééditent, quant à elles, les "Mémoires intimes suivis du Livre de Marie-Jo" du romancier liégeois, un ouvrage préfacé par l'écrivain et essayiste Dominique Fernandez. Dans cet ouvrage, publié pour la première fois en 1981 par la même maison d'édition, l'écrivain se raconte avec humilité. Avec le "Livre de Marie-Jo", Simenon rend hommage à sa fille qui s'est suicidée en 1978, à l'âge de 25 ans.

Par ailleurs, France Culture a souhaité mettre en valeur, dès le 15 septembre, dans un "Cycle Simenon", la collection des adaptations radiophoniques produites par elle-même, ainsi que par la Comédie française depuis 2016. Il s'agira, par l'intermédiaire d'enregistrements en public et de feuilletons radiophoniques, mais aussi de créations et de nouvelles diffusions, de proposer une véritable bibliothèque sonore aux auditeurs et aux internautes.

Une place prépondérante à l'analyse psychologique

Georges Simenon, qui a vu le jour à Liège le 13 février 1903, a sans conteste rénové le genre du roman policier en accordant une place prépondérante à l'analyse psychologique, par une approche, à la fois réaliste et poétique, d'un lieu, d'un personnage ou d'un milieu social. L'écrivain débute à l'âge de 16 ans à la "Gazette de Liège", où il est chargé d'alimenter la rubrique des faits divers, tout en y publiant de nombreux contes. Il s'établit à Paris en 1922 et va parcourir l'Europe et l'Afrique, publiant de grands reportages. De 1945 à 1955, il vit en Amérique du Nord, aux États-Unis et au Canada, pour revenir par la suite en Europe et, plus précisément, en Suisse romande, notamment à Lausanne à partir de 1957.

À ses débuts, il publiera un millier de contes légers destinés à des publications galantes ou humoristiques et quelques 200 romans tout aussi légers, presque de gare et peu onéreux, cachés sous 17 pseudonymes, dont le plus connu est celui de Georges Sim. À partir de 1932, il se lancera vraiment dans le roman policier et inventera le personnage du commissaire Maigret qui œuvrera dans le cadre de 103 enquêtes : 75 romans et 28 nouvelles. Pour décor : 1.800 lieux de par le monde.

"Maigret" sera publié d'abord aux éditions Fayard, mais elles ne laisseront pas le champ libre à Simenon pour présenter d'autres ouvrages plus littéraires. Il se tournera alors vers Gallimard qui ne diffusera que quelques aventures du commissaire à la pipe, dont "Maigret revient", comme pour justifier l'absence relative de ce dernier. Enfin, Simenon rencontrera l'éditeur Sven Nielsen qui venait de fonder Les Presses de la Cité, qui contribueront à faire de Maigret le personnage légendaire qu'il est devenu.

Le commissaire Maigret prendra vie sur grand écran sous les traits de Jean Gabin, Charles Laughton, Albert Préjean, Michel Simon et Heinz Rühmann. En télévision, le rôle sera dévolu à Jean Richard, Bruno Cremer, Jan Teulings, Michael Gambon, Gino Cervi et récemment à Rowan Atkinson, alias Mr. Bean.