Xavier Lust, la matière dans le sang

TOUT LE BAZ’ART de Xavier Lust
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TOUT LE BAZ’ART de Xavier Lust - © TOUT LE BAZ’ART

Aussi loin qu’il s’en souvienne, Xavier Lust a toujours été intéressé par les matériaux naturels ou fabriqués qu’il avait sous les yeux et à portée de main. Enfant il ne pouvait pas saisir un jouet ou observer les branches d’un arbre dans le vent sans se demander comment c’était fait, comment ça tenait debout, ça bougeait, ça résistait, ça se pliait, ça se dépliait, ça cassait, ça tombait… Depuis toujours, Xavier Lust a la matière dans le sang. Un don, un talent qui s’est pleinement révélé lors de ses études d’architecte d’intérieur à Saint-Luc  Bruxelles où il s’inscrit à dix-neuf ans après avoir passé son jury central, en 1989.

Dans sa deuxième année d’études, il crée un paravent comme travail d’élève qui impressionne ses profs. Sur leurs conseils, il le place en dépôt dans une galerie du Grand Sablon. Un américain de passage le remarque et  l’achète, deux-cent mille francs ! Une fortune pour le jeune Lust qui s’empresse de la dépenser avec un pote dans un voyage aux Amériques. Et ce premier acheteur n’était pas n’importe qui : c’était le styliste New-Yorkais Ralph Lauren qui voulait se lancer dans la déco d’intérieur et chinait un peu partout des objets exclusifs.

En 1992, Xavier est en dernière. Au volant de sa Citroën Dyane, il avise un jour un tas de pièces de métal abandonnées en bord de route, il les chipe et dans le garage de son père les découpe et les assemble pour créer sa première chaise, un objet unique qu’il nomme "La circulaire". Des années plus tard, elle sera achetée par un galeriste new-yorkais, lors d’une vente aux enchères d’une soixantaine de ses prototypes et modèles d’essai chez Piasa à Paris.

Car aujourd’hui, Xavier Lust est un des designers belges les plus en vue, il expose ses objets dans le monde entier, il a reçu de nombreux prix prestigieux, ses pièces se retrouvent dans les plus grands musées, du Centre Pompidou à Paris au Stedelijk Museum à Amsterdam ; son travail oscille entre la grande série, le bon marché, soumis aux contraintes drastiques de l’industrie, ce qu’on appelle l’industrial design  et l’art of design : l’exclusif, le rare, l’unique hors de prix mais où tout est permis. Ainsi, son bougeoir "Turner", édité par les Italiens de Driade Kombo s’est vendu à plus de cent mille exemplaires ; et le chanteur rock Bryan Adams, l’homme du tube de sa naissance "Summer of 69" a acheté un des dix "Gun metal bench", un banc vu comme une œuvre d’art.

"Le banc" fût d’ailleurs son coup de maître, mais pas à lui tout seul. Depuis longtemps, il réfléchissait à une technique nouvelle de pliage et de cintrage du métal pour fabriquer des objets à la fois résistants et légers mais issus d’une seule pièce. Nous sommes en 1999. Il ne trouve autour de Bruxelles aucun atelier qui puisse mettre en forme son idée. "Va voir à Fléron, au dessus de Liège, chez Georis, ils fabriquent l’impossible", lui dit un jour un bon génie. Il n’y croit pas, mais de guerre lasse il y va, et Roger Georis avec ses ouvriers du cru et ses vieilles machines lui façonne son banc en un tour de main. Grâce à un subside de la Région Bruxelloise, il le présente au salon de Milan , la Mecque du design, comme un ovni dans un stand minuscule. Et c’est le délire ! Les plus grands éditeurs italiens et fabricants du monde entier convoitent cet objet simplissime et finaud, qui deviendra la marque de fabrique de Xavier Lust, celui qui plie le métal, l’alu, le laiton, l’acier comme personne d’autre… Et après "Le banc", il y aura "La grande table", puis "La table basse" et "La table PicNik", ces pièces pleines de grâce, économes en matière, aériennnes mais solides, qui miment la nature et qui ont l’air de bouger.

Chaque matériau nouveau est un défi pour Xavier Lust, qui se frotte à l’impression 3D pour sa lampe "Gamète" en polyamide ; au dulver, matière brevetée et composite, dure comme la céramique, ultra légère et douce au toucher, pour sa "Lust chair" dont l’épaisseur s’affine mine de rien sur les bords.

Chaque objet est pour lui un miracle qui devrait durer toujours, comme ce niveau à bulle en métal, qu’il garde toujours dans sa poche et qu’il tient de son grand-père, utile et inusable, et qui sait encore après tant d’années la courbe, le penché, et le droit.

TOUT LE BAZ’ART de Xavier Lust

ARTE, dimanche 3 février, 17h35

LA UNE, jeudi 7 février, 23h15