Typh Barrow, Time !

Tout le Baz'Art de Typh Barrow
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Tout le Baz'Art de Typh Barrow - © Tout le Baz'Art

Avec son premier album, "Raw" - Brut - sorti au début 2018, Typh Barrow réalise un rêve qu’elle aura attendu longtemps. Ses singles "Taboo" et "The whispers" cartonnent en radio, la voilà encensée par une critique unanime. A tous ses concerts les salles, enthousiastes, sont pleines à craquer. On la compare à Adèle, Amy Winehouse ou Selah Sue, c’est flatteur, mais ça l’énerve un peu… Comme elles, Typh est une chanteuse à voix, un coffre puissant, une large tessiture qui descend vers les graves, un timbre délicieusement éraillé, Typh peut quasi tout se permettre avec cette voix ample et chaude : la pop, le soul, le reggae, le raggaeton…

Et comme tous les artistes, au fil de ses interviews, elle raconte son histoire, sa "story", en choisissant avec soin les moments de sa biographie qu’elle veut mettre en avant et tout d’abord, sa voix. Sa voix bizarre, trop grave, quasi masculine avec ce voile qui la fêle, cette voix qui a failli l’empêcher de chanter. Enfant, à la maison, à l’écouter, ses parents la prenaient pour son frère ; à l’Académie où elle apprend le piano et les arts de la parole, sa prof de solfège la faisait chanter avec les garçons ; quand elle se met à reprendre les tubes de ses idoles Maria Carey ou Whitney Houston, à la voix très haut perchée, elle se perdait dans des aigus inatteignables. On lui détecte un kyste sur une corde vocale, les médecins veulent l’opérer : elle a refusé par crainte de perdre définitivement sa voix. Depuis, elle soigne ses cordes et son larynx, à qui elle impose des exercices quotidiens comme un sportif à ses muscles.

Aussi loin qu’elle se le rappelle, Typh a toujours voulu chanter, et comme le répertoire ne lui convient pas, elle s’est très vite mise à composer ses propres mélodies sur des textes qu’elle écrit elle-même. Elle chante dans les bars, fait l’Université et le Conservatoire en même temps, elle enregistre un premier titre, participe à différents projets, mais ça ne décolle pas. Puis elle reprend pour le fun une chanson du rappeur américain Coolio "Gangsta paradise" qui compte très vite plus d’un million de vues sur You Tube ; dans la foulée, on l’invite aux Francofolies, à Spa, en 2015, pour chauffer la scène avant BJ Scott et Florent Pagny. Elle chante ses propres titres ; son engagement et sa fougue soulèvent  le public qui lui fait un petit triomphe. Ce qui ne passera pas inaperçu, et qui va la mener jusqu’à l’enregistrement de ce premier album "Raw" à Londres, au studios Abbey Road, à la recherche de ce son mythique de la musique soul de la fin des années septante, et à Bruxelles, dans les prestigieux studios ICP qui ont vu passer les plus grands.

Mais peut-être pour entrevoir ce qui se cache derrière la voix de Typh et qu’elle dit très peu, faut-il juste écouter ses paroles et notamment celles de ce titre "Time" qu’elle a enregistré avant "Raw" et chanté à Spa ?

 

Every day is a race against the clock that I don’t wanna win

Chaque jour est une course contre la montre que je ne veux pas gagner

Pace myself but my body’s running faster than my mind

Je me calme mais mon corps court plus vite que mon âme

With just a blink tommorrow is already yesterday

En un clin d’œil, aujourd’hui se fait déjà demain

Cuz time isn’t my side

Parce que le temps n’est pas de mon côté

 

Il y a un aveu terrible derrière ses mots tout simples qu’auraient pu écrire Lennon et Mac Cartney : au-delà de la femme de trente ans à la voix singulière, au look recherché et aux yeux bleus rieurs, s’ouvre une faille qui remonte à très loin, celle de l’angoisse absolue du temps qui passe, la peur de ne rien maîtriser, de ne pas réussir, de ne pas exister. Voilà ce que Typh Barrow donne à son public quand elle chante, un miroir, un vertige, une chance.

 

Breath in

Inspire

Breath out

Expire

Tic Toc

Tic-tac

Times out

C’est fini

 

Tout le Baz’Art de Typh Barrow

ARTE, dimanche 29 avril, 17h35

LA UNE, jeudi 3 mai, 23h30