Tout le Baz'Art de Stefano Mazzonis - archives

Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Wallonie, est décédé ce dimanche 7 février 2021.

En février 2018, il avait participé à l'émission "Tout le Baz'Art", diffusée sur La Une et sur Arte Belgique.

L'émission le suivit dans une visite des coulisses de l'opéra, du poulailler à la scène, en compagnie d'une classe d'enfants, de la nouvelle cheffe d'orchestre attitrée de l'ORW, Speranza Scapucci et de chanteurs de renom comme Alexise Yerna et Marc Laho. Et ensuite en ballade dans la ville de Liègeà la rencontre des coups de cœur liégeois de cet Italien raffiné et exigeant : le Picasso du musée de la Boverie et les fonts Baptismaux de la collégiale Saint Barthélemy.

Pour revoir l'émission

Quand il débarque à Liège en 2007, Stefano Mazzonis de Pralafera, issu de la noblesse turinoise mais né à Rome, n’est plus si jeune, mais il a déjà une solide réputation : il vient de secouer avec succès une vénérable institution, le Teatro Communale de Bologna, où il a été nommé superintendant trois ans plus tôt. Son mantra, c’est la jeunesse à l’opéra : des jeunes et parfois très jeunes, qu’il attire avec sa politique de prix, ses animations scolaires, ses programmations spécifiques. Il quitte Bologne en pleine gloire, salles pleines, enthousiasme de tous les publics, le vieux comme le nouveau. Suite à un concours international, il vient d’être désigné directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège, Belgique. En Italie, on s’interroge : que va-t-il faire là-bas, dans la pluie et la grêle ?

Stefano Mazzonis sait ce qu’il fait, il aime les défis, et sait que l’Opéra Royal de Wallonie est la plus grande institution culturelle de la Communauté française de Belgique, un budget de 19 millions d’euros, près de 200 personnes employées ; il sait aussi que Liège, cernée par la Flandre, la Hollande, l’Allemagne est le dernier bastion de la latinité vers le septentrion, et qu’y vit une importante communauté d’origine italienne. Il a son idée et fait un pari…

Dix ans plus tard le bilan est impressionnant : la salle de mille places est pleine tous les soirs, l’ORW attire près de 100.000 spectateurs chaque saison, dont près de 30 % de jeunes ; le tiers du public vient de Flandre, de Hollande ou d’Allemagne, les opéras sont sous-titrés dans les trois langues et visibles sur le net, via culturebox, avec grand succès.

Et pourtant, celui qui a appris la musique très jeune et qui s’y destinait, a dû suite à un revers de fortune apprendre un "vrai" métier et ce sera le droit, Stefano se spécialise dans les télécoms pour Cofindustria, la puissante organisation des patrons italiens. Mais sa passion le taraude, et il ne peut pas s’empêcher de lancer à la télé et à la radio les concerts du dimanche, rendez-vous de musique classique et d’opéra qui vont devenir une institution en Italie. Et de fil en aiguille, petit-à-petit, on l’invite, il s’offre une première mise en scène en 1983, qui tourne en France, en Allemagne, en Belgique…

Et à Bologne et à Liège, il continue à mettre en scène les opéras du répertoire italien, Verdi, Puccini, Rossini, Donizetti… Son pari est tout simple : on laisse Wagner aux allemands, le contemporain et l’audace à La Monnaie de Bruxelles, et à Liège on montrera de l’italien, du classique, classiquement, costumes et grands décors, quoique…

Stefano Mazzonis m’a fait venir à cause de ma totale incompétence et comme je ne sais pas du tout comment on fait, j’invente nécessairement quelque chose de différent…. 

Pour la réouverture après travaux de la magnifique salle à l’italienne de l’Opéra de Liège, en 2012, Stefano Mazzonis fait appel  au cinéaste Jaco Van Dormael pour mettre en scène "Stradella", une œuvre de jeunesse de César Franck, qui n’a jamais été jouée. La piscine sur scène, où les chanteurs se noient lentement d’un acte à l’autre marquera les esprits…

Et c’est ce qu’en fin musicologue, il préfère : exhumer des partitions et des opéras oubliés, négligés, qu’il crée ou fait créer à Liège, et qui sont souvent repris par les opéras du monde entier, comme "Jérusalem" de Verdi, "La gazetta" de Rossini ou "Guillaume Tell" d’André-Modeste Grétry, le compositeur liégeois dont le cœur bat toujours dans la statue érigée face à l’opéra, un mantra pour Stefano Mazzonis, et comme un air d’opéra qui enchanterait les brumes du Nord.