Thrill in Edinburgh

Thrill Festival de jazz à Edimbourg
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Thrill Festival de jazz à Edimbourg - © Tout le Baz'Art

"Frisson à Edimbourg", on aurait pu dire "L’étrangleur d’Edimbourg", comme le titre du premier polar de l’écrivain écossais Ian Rankin qui a si magnifiquement et terriblement rendu l’atmosphère interlope et trouble de sa ville dans les aventures de l’inspecteur John Rebus, un homme bourru, cynique et désabusé comme il se doit, et qui nous révèle une ville très loin de ses clichés.

Car il en faut beaucoup pour faire frissonner Edimbourg la ville de Harry Potter et de Robert-Louis Stephenson. Et surtout la ville du plus grand festival d’arts vivants au monde, l’ "Edinburgh International Festival" et de son pendant off, le "Fringe Festival", et de l’ "Edinburgh Jazz and Blues Festival", qui drainent chaque été des foules considérables dans la capitale écossaise.

Et pourtant, en ce mois ensoleillé et glacial de février, Edimbourg a frémi en accueillant le très modeste "Thrill Festival" : une soixantaine de musiciens belges, issus de la scène jazz bruxelloise étaient invités à jouer dans onze concerts, donnés dans les meilleures boîtes et salles de la ville ; un mini-festival organisé conjointement par VisitBrussels et le Jazz and Blues Festival d’Edimbourg, pour qui Bruxelles est – excusez du peu ! - "the most exciting place for jazz in 2019 …"

Le John Rebus de Ian Rankin, le flic amateur de jazz-rock des années 70, aurait pu se glisser dans la cave du "Jazz Bar", dans les fauteuils du "Queen’s Hall" ou sur les gradins de l’église "St-Brides", transformée en centre culturel et salle de spectacle, puis défaillir en écoutant Tcha Limberger, Antoine Pierre, Jean-Paul Estiévenart ou Esinam, les groupes Mâäk ou Aka Moon, et tous les autres, qui ont électrisé les fans écossais de jazz avec leur musique belge, mais aussi étrangement métissée, multiple, et qui s’est déployée au fil des concerts dans toutes les directions : world, gwana, manouche, rock, électro… John Rebus n’en revenait pas : son jazz écossais ne se frotte pas comme ça au monde entier, ses notes sont plutôt rivées vers les Etats-Unis, et si leur groove cherche d’autres influences, c’est plutôt dans le folk et la tradition des chants gaéliques, toujours très vivace à Edimbourg.

Et lorsque les musiciens de Bruxelles et d’Edimbourg se sont rencontrés pour une jam endiablée au Jazz-bar, puis un concert promenade et sautillant dans le Royal Mile, l’artère historique de la ville, le jazz a fait des étincelles et John s’est surpris à applaudir.

Et quand on lui a raconté l’histoire du violoniste tzigane flamand et aveugle Tcha Limberger, multi-instrumentiste et chanteur multilingue ; celle du trompettiste Jean-Paul Estiévenart, tombé dans les fanfares du Borinage quand il était petit ; ou encore celle d’Esinam des Ardennes, impériale et spectaculaire, qui se produit seule en scène avec ses chambres d’écho, ses pédales de loop, sa flûte traversière, ses percus du monde entier, ses bandes enregistrées de chants de femmes du Ghana le pays de sa mère, John s’est dit que décidément il fallait qu’il fasse un saut à Bruxelles pour un tour du grand duc dans la quinzaine de lieux où le jazz se joue et s’invente tous les jours dans la capitale de l’Europe…

Et il aura peut-être compris, errant de concert en concert et de bar en bar, du Queen’s Hall à Flagey, de St-Brides à la Jazz-station, du Jazz-bar à l’Archiduc, que des liens secrets unissaient Edimbourg à Bruxelles, comme dans la musique formidable du "Thrill sextet", un groupe de circonstance créé juste pour l’occasion, trois belges, une écossaise, deux écossais, jeunes de jeunes, mais qui déchirent, et beaucoup mieux qu’à Poudlard et beaucoup mieux qu’à Moulinsart.

 

Tout le Baz'Art Thrill 1 et 2

ARTE : les dimanches 3 et 17 mars, 17h35

LA UNE : jeudi 7 mars 23h55 ; mercredi 20 mars 23h45