Sachli Gholamalizad, I have sinned a sin

Tout le Baz'art de Sachli Gholamalizad
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Tout le Baz'art de Sachli Gholamalizad - © Tout le Baz'art

I have sinned a sin full of pleasure

 J’ai péché en un péché plein de joie

In an embrace wich was warm and fiery

Dans une étreinte qui était chaude et ardente

I sinned surrouded by arms

J’ai péché, des bras m’entouraient

That were hot and avenging and iron

Ils étaient brûlants, se vengeaient, comme du fer 

 

Tout Sachli Gholamalizad tient dans ces quatre vers qu’elle récitera en anglais et chantera en farsi dans son prochain spectacle. Ils ont été écrits en persan par une poétesse iranienne,  Forough Forrokzad, décédée à 32 ans en pleine gloire dans un accident de voiture en 1967, à Téhéran. Sachli, comédienne flamande d’origine iranienne, aussi joyeuse et dure que les vers de Forough, promène son allure fière, sa crinière de jais, teintée de châtain, son nez un peu fort, et ses yeux incroyablement verts dans les séries flamandes à succès, comme "De bunker" sur VTM, deux saisons où elle tient le rôle de l’inspectrice Farah Tehrani, chargée de la sécurité dans un bunker secret à Anvers, Antwerpen, sa ville.

Si cette notoriété très flamande à la télé et qu’elle prolonge au cinéma l’enchante, la bekende vlaminge n’en est pas dupe pour autant : elle sait que sa belle dégaine et son visage oriental ont compté dans les castings aussi bien que son talent. Mais Sachli Gholamalizad a d’autres ambitions : au théâtre et sur les planches, elle a déjà quasi fait le tour du monde, avec  "A reason to talk" créé au KVS en 2014. Après une centaine de représentations dans toute l’Europe et en Amérique et une moisson de prix, la pièce a été reprise en français au Théâtre National en mars 2017.

"L’étoile montante du théâtre belge" comme les critiques la désignent d’emblée impose un dispositif étrange et saisissant, d’une absolue simplicité, mais radicalement moderne : elle est de dos et face à elle et au public trois écrans : sur l’un, elle est filmée de face par une caméra automatique ; sur le deuxième apparaissent en direct les mots qu’elle tape sur son ordinateur ; et sur le troisième, elle convoque une interview de sa mère qu’elle a elle-même réalisée, et avec laquelle elle dialogue jusqu’à l’os, en traversant les chairs, leurs chairs et la chair de l’histoire, de leur histoire.

L’histoire, c’est l’Iran, la révolution khomeiniste de 1979, la fuite, l’échouage à Anvers en 1982. Sachli a cinq ans, elle néglige le farsi, sa langue maternelle, elle apprend le flamand, elle veut se couler, s’intégrer, oublier : " Ik ben bang om me te herinneren, j’ai peur de me rappeler ", une des phrases-clés de son spectacle, qu’elle lance rudement à sa mère à court de mots, ondoyante, interdite.

Et pourtant,  Sachli ne supporte pas qu’on la classe dans un théâtre de "migrants", et on la voit d’ici joindre le geste à la parole et lever ses deux mains pour mimer les guillemets : "migrants",  bien sûr c’est de ça qu’il s’agit, mais surtout de tout autre chose : de la relation mère-fille, du rapport avec la langue, et surtout du théâtre et d’une forme nouvelle qu’elle ose, ce chassé-croisé entre un matériel filmé, documentaire, et elle sur scène qui tente une fable-vérité qui parle à tout le monde.

Avec "(Not) in my paradise", son deuxième spectacle, Sachli Gholamalizad, transforme l’essai : elle y confronte, avec les mêmes moyens, la vision des ses oncles et tantes émigrés en Amérique à celle de ceux qui sont restés en Iran, à Bandar Anzali, une station balnéaire en déshérence sur la Mer Caspienne, où son grand-père a tenu une boîte de nuit chic et jet-set du temps du Shah. Là-bas, elle filme. Et sur scène face aux images, elle affronte ses tristesses, ses fantasmes, ses désirs.

Sachli, entre deux tournages, travaille à son nouveau projet théâtral : l’Iran toujours, mais l’Iran pour parler des femmes, poétesses, chanteuses, danseuses, du Xème siècle, des années trente, et d’aujourd’hui ; elle leur prêtera sa voix, son corps, son âme pour célébrer  les femmes du monde entier qui osent créer en dépit de tout, en dépit tous, comme elle le fait avec sa grâce, et aussi sa gravité.

 

TOUT LE BAZ’ART de Sachli Gholamalizad

 

LA UNE, jeudi 25 janvier, 24h15