Nabil ben Yadir, antilope joyeuse

Nabil ben Yadir et Hadja Lahbib au café Le Phare
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Nabil ben Yadir et Hadja Lahbib au café Le Phare - © Tout le Baz'Art

Antilope joyeuse, ça sonne comme un totem scout ; il n'aimerait sans doute pas qu'on le dise, mais oui, il y a du scout en lui, lui le valeureux, lui l'intrépide, lui toujours prêt pour un nouveau défi, lui qui en trois films seulement, "Les barons", "La marche" et "Angle mort",  s'est taillé une place à part, mais incontournable dans le paysage cinématographique franco-belge. Pour Nabil ben Yadir, l'antilope joyeuse n'a rien à voir avec les scouts, mais avec sa bande d'ados d'origine maghrébine de Molenbeek. Faire l'antilope joyeuse, c'était déjà pour eux un énorme défi : il fallait franchir le canal, quitter Molenbeek pour le centre ville et se mettre à gambader et à galoper en sautant le plus haut possible rue neuve et alentours sous l'oeil ébahi et souvent amusé des commerçants et des chalands. Comme il l'a si bien filmée dans "Les barons" , l'antilope  joyeuse est une sacrée dépense pour ceux dont les pas sont comptés jusqu'à la mort.

Biberonné grâce à sa mère, grande amatrice de cinéma qui collectionnait les cassettes VHS, aux films américains des années 50, d'Alfred Hitchkock à Cary Grant, aux films indiens à l'eau de rose de Bollywood et aux films de Kung-fu, son diplôme d'électro-mécanicien en poche, il fallait être gonflé avec ce seul bagage pour prétendre se lancer dans le cinéma. Mais Nabil ne doute de rien et rien ne l'arrête, comme le montre sa première apparition tout jeune en 1999 sur le petit-écran, dans un numéro de l'émission "Strip-tease", où il est suivi par Manu Bonmariage "En attendant Van Damme" : Nabil et un de ses potes se démènent pour offrir une démonstration de full-contact digne de ses films au célèbre acteur Jean-Claude Van Damme face à ses invités le jour de son mariage : il fallait le faire devant des gardes-du-corps médusés qui ne savent pas trop comment réagir…

Puis, comme il dit, il entre en cinéma par l'issue de secours, en enchaînant les petits boulots sur les tournages, en faisant de la figuration, en décrochant un rôle ou l'autre et surtout en écrivant le scénario de ce qui deviendra "Les barons". En racontant sa propre histoire, il intrigue et intéresse, se fait aider notamment par le scénariste Laurent Brandenbourger, convainc d'y jouer des acteurs comme Jan Decleir, par sa tchatche et son toupet. Le film sort en 2010 et c'est une réussite, mais au-delà, il témoigne de l'apparition dans le paysage cinématographique belge d'un cinéma "rohr" comme se désignent entre eux les belges d'Afrique du Nord, avec des réalisateurs et des acteurs issus de l'immigration maghrébine. Nabil n'est pas le premier : en 2003, Mourad Boucif avait surpris avec "Au-delà de Gibraltar" dans lequel Nabil tenait d'ailleurs un rôle, mais avec "Les barons", ce cinéma d'un genre nouveau trouve son public. Et depuis ça continue avec notamment "Black" des flamands Adil El Arbi et Bilall Fallah dont le succès les amenés jusqu'à Hollywood.

Après "Les barons", Nabil doit relever un autre défi : on vient le chercher pour sortir de l'ornière un film français. Le projet de ce qui deviendra "La marche" s'enlise. Le sujet, la grande marche pour l'égalité et contre le racisme qui a traversé la France en 1983, lui plaît. Il s'implique à fond dans la réécriture du scénario et tourne lui-même le film, avec notamment Jamel Debbouze et Olivier Gourmet. Tout en changeant de genre, Nabil, l'autodidacte de Molenbeek, qui n'a qu'un film au compteur, doit affronter les redoutables équipes françaises : le film qui sort en 2013 n'est pas un succès commercial, mais Nabil s'en tire avec les honneurs.

Son troisième film, "Dode hoeck", "Angle mort", vient de sortir. Une fois de plus, Nabil a d'emblée mis la barre très haut. Il voulait non seulement se lancer dans un nouveau genre : le thriller politico-policier, mais aussi tourner le film entièrement en flamand, lui qui le baragouine à peine ; et question distribution, avec des acteurs de haut-vol, Jan Decleir ou Peter Van den Begin, notamment, et d'autres moins connus comme le bluffant Soufiane Chilah, l'inspecteur Dries ou Idriss, c'est selon...

Trois films plus tard, Antilope joyeuse, la boîte de production de Nabil, multiplie les projets et les collaborations, avec la France, le Flandre, les States…

Dans son Tout le Baz'Art, Nabil ben Yadir fait d'abord rencontrer à Hadja Lahbib sa mère Mokhtaria, par qui et où tout a commencé, à Molenbeek. De l'autre côté du canal, Michaël de Cock, le nouveau directeur du KVS les accueille avec Soufiane Chilah qu'il dirige dans une représentation fleuve de l'Odyssée d'Homère. A Anvers, au Bourla, ils rencontrent les deux autres têtes d'affiche de " Dode Hoeck " Jan Decleir et Peter van den Begin ; et ils finissent en famille au Zeppos café avec Adil El Arbi et Billal Fallah, les réals de " Black " pour parler de leurs projets de films ensemble, en arabe, en français, en flamand, en anglais….

 

Tout le Baz'Art de Nabil Ben Yadir

Jeudi 16 février sur La Trois à 22h20