Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael, "Amor"

TOUT LE BAZ'ART de Michèle Anne de Mey et Jaco van Dormael
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TOUT LE BAZ'ART de Michèle Anne de Mey et Jaco van Dormael - © TOUT LE BAZ'ART

Qui sait que le papa de Jaco Van Dormael, qui a aujourd’hui plus de cent ans, est un des derniers locuteurs du patois flamand de Campenhout ?

Enfant, il grimpait tous les dimanches après-midi sur le toit de sa maison, le long du canal Antwerpen-Leuven, à côté de l’écluse, le "Campenhout sas", scrutait le ciel avec inquiétude jusqu’à ce qu’il hurle : « Ze zeijn dooo… ze zeijn dooo ! », « ze zijn daar, ze zijn daar », « ils sont là, les voilà ! » Il attendait le retour des pigeons de ses parents colombophiles. La demeure a aujourd’hui disparu, démolie pour la construction d’un pont autoroutier, mais Jaco dit toujours se souvenir des files des villageois devant les péniches hollandaises qui descendaient à la bonne saison chargées à craquer de moules fraîches qu’il ramenait à la maison dans de grands seaux métalliques.

Qui sait que le papa de la chorégraphe Michèle-Anne De Mey vit lui depuis toujours rue des Cannas, dans la cité-jardin de Floréal à Watermael-Boisfort ? La cité des maisons aux châssis verts, toutes semblables et toutes différentes, dont Jaco est très tôt tombé amoureux cinématographiquement et qui apparaît dans presque tous ses films. Lui ne savait pas qu’il épousait son décor en ouvrant ses bras à celle qui y avait passé toute son enfance, en nattes et trottinette, zigzaguant d’une maison à l’autre dans les jardins partagés.

Nul ne sait si c’est Michèle Anne qui a sorti Jaco de son blues, après l’échec de son film le plus ambitieux, le plus cher aussi, "Mister Nobody", sur lequel il aura passé près de dix ans, à chercher une autre manière de raconter, dix ans pour tenter un récit circulaire où l’histoire est toujours à recommencer. Recalé à Cannes, caviardé par ses producteurs, étrillé par la critique, "Mister Nobody" aurait pu sonner la fin de sa carrière. Il n’en a rien été. Avec Michèle Anne et l’écrivain Thomas Gunzig, Jaco a rebondi où on ne l’attendait pas : sur la scène. Une scène très cinéma quand même, puisqu’avec "Kiss and Cry", on assiste à la création d’un film en direct, un film où Michèle Anne danse du bout des doigts à la vie à la mort. "Kiss and cry", en 280 dates, a été vu par plus de 100.000 spectateurs, dans plus de trente pays.

Ensuite, il y a eu l’opéra, avec "Stredella" de César Franck et "Don Giovanni" de Mozart pour l’Opéra Royal de Wallonie ; un retour tonitruant au cinéma avec "Le Tout Nouveau Testament", porté par Yolande Moreau et Benoît Poelvoorde ; un petit détour par la pub, avec Michèle Anne pour les sacs Delvaux dans les mini-clips très belgo-belges, frites et gaufres de Liège, des Miniatures Belgitudes, et "Cold Blood", un deuxième spectacle ensemble où il était déjà question de la mort, puis soudain l’étrange incident de Toronto…

En tournée au Canada au cœur de l’hiver, Michèle Anne décide entre deux représentations de "Kiss and cry" à Toronto de se promener au bord du lac. Il fait moins trente, elle s’est protégée, mais le froid la saisit : transpercée, elle tombe dans le coma. Et là, elle éprouve ce qu’on appelle a near death experience, la sensation de la mort imminente : couloir, chaleur, lumière, êtres chers, avant de revenir à elle.

Avec Jaco, elle décide d’en faire un seul en scène, "Amor", à l’affiche cet automne au Théatre National. C’est là que dans leur Tout le Baz’Art, Michèle Anne et Jaco, en pleine création, emmènent Hadja Lahbib, à la rencontre de leurs influences, de leurs familles, de leurs enfances.

 

 

TOUT LE BAZ’ART de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael
La Une, mardi 19 septembre, 23h25