Marie-Françoise, Hors champ

Avec sa très belle expo Aqua/Arbor au Botanique, la photographe Marie-Françoise Plissart franchit un pas supplémentaire dans une oeuvre multiple et multiforme, qu'elle pu exposer en quarante ans de carrière un peu partout en Europe.

Ici, elle montre d'abord la mer, recomposée clic après clic sur son ordinateur; une mer qu'elle a saisi avec son objectif aux quatre coins du monde. En réassemblant ces images, elle refait le monde : une construction apparaît qui donne soudain un nouveau sens au rivage, à la falaise, à la vague, au mouillage... Ces mosaïques grand format sont destinées à être installées dans la station de métro Parc à Bruxelles en 2018.

Puis des photos plus petites : des photos d'arbres, arbres morts, arbres taillés, de forêt ou d'ornement, millénaires ou en transit de la montagne au parc; et comme la mer, des arbres de partout, de Chine, du Congo, de Belgique... Un élagueur des Ardennes, Pierre Lesage, lui a donné l'idée. Cet homme croit dur comme fer que le premier réseau mondial interconnecté est celui des arbres, dont les racines enchevêtrées courent sous le sol jusqu'à la mer...

Et c'est toujours ainsi avec les images de Marie-Françoise Plissart : toujours il y a un hors-cadre , une idée, un mot, un livre, une intuition, et derrière ces photos de mer sans personnages, d'arbres dans tous leurs états, il y a toujours l'intensité d'une rencontre qui a guidé ses pas, son regard et son obturateur.

Comme celle de la chinoise Lia Weï qui l'a emmenée pour un voyage dans le sud-ouest de la Chine à la découverte des tombeaux rupestres de l'époque Han, dans les forêts du Sichuan et dans le Guizhou, en pays Miao, où Lia et son compagnon Zhang Qiang ont réalisé leur calligraphies biface, l'un face à l'autre, séparés seulement par le papier tendu où ils traçaient leurs caractères comme un pont intime, libérés du carcan des idéogrammes. Marie-Françoise les a filmés dans la virtuosité de leur geste et dans l'idée d'en faire un documentaire qu'elle voudrait intituler " La pierre et le pinceau ".

Et c'est précisément là, dans ce ballottement, cette oscillation entre pierre et pinceau, dureté et souplesse, réalité et poésie, extrême précision du cliché et totale improvisation sur le terrain, que l'on peut pénétrer au cœur de la démarche artistique de Marie-Françoise Plissart : franchir les frontières, créer des liens, les chercher, les dénicher, les inventer, puis les fixer dans ses romans-photos, ses expositions, ses cartes postales, ses documentaires, peu importe le support ou le sujet : architecture, théâtre, portrait, illustration, le fil est là, qui relie les choses, les lieux, les images.

 

" Droit de regards ", " L'occupation des sols ", " Atomium, in/out ", " Kinshasa, ville imaginaire ", " Bruxelles, horizon vertical " , les titres ne mentent pas, ils racontent cette tension, ce grand écart que Marie-Françoise franchit magnifiquement en faisant des arbres son réseau et de la la mer son continent.

TOUT LE BAZ'ART de Marie-Francoise Plissart

le dimanche 17 janvier sur Arte Belgique à 17h00

le jeudi 24 janvier à 22h30 sur la Trois