Luc Schuiten, de l'utopie au réel

TOUT LE BAZ'ART de Luc Schuiten
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TOUT LE BAZ'ART de Luc Schuiten - © TOUT LE BAZ'ART

Luc Schuiten dit du dessin, qu'il affectionne autant que son frère François, l'auteur de bandes dessinées, celui des Cités obscures, que "c'est l'outil d'exploration des possibilités à venir...". Alors lui Luc, il imagine ses Cités végétales, et quand il peaufine au crayon et à l'aquarelle sur sa planche à dessin sa vision de Louvain-la-Neuve dans 500 ans : une ville en haies, en arbres, en fleurs, la végétation grimpant sur tous les murs; avec ces tours-aéroports où atterrissent des vaisseaux comme des oiseaux, ou plutôt comme des poissons... pourquoi pas des raies Manta? elles qui nagent en souplesse et vigueur dans toutes les eaux du globe, elles qui pourraient battre l'air de leurs ailes immenses tapissées de capteurs solaires en approchant la piste juchée en hauteur et y déposer en douceur leurs passagers...  ou quand, perché sur son lévitateur, Luc s'élève au rythme de son pouls et de ses ondes cérébrales, méditant en pleine conscience, et domine la ville au faîte du plus grand arbre de son jardin à Schaerbeek, on se dit que cet homme n'est tout au plus qu'un poète doublé d'un doux rêveur, et qu'il s'est mis tout bonnement la tête dans les nuages et le lointain futur...

Et quand il arpente les rues de Bruxelles au volant ou plutôt au manche à balai de sa Twike, son véhicule hybride mi-vélo mi-voiture, sur lequel se retournent tous les passants, ou dans son tricycle en bois flambant neuf qu'il a dessiné et qu'il tente laborieusement de mettre au point, Luc Schuiten fait évidemment penser au professeur Tournesol. Mais ce serait aller trop vite en besogne et surtout passer à côté de l'essentiel.

Luc Schuiten, architecte, urbaniste, dessinateur, inventeur est beaucoup plus qu'un personnage de bande dessinée : c'est un visionnaire profondément enraciné dans le réel. Quand il se projette dans l'avenir, c'est pour mieux penser au présent; quand il observe les plantes, les poissons, les oiseaux, la vie, c'est pour imaginer des constructions, des véhicules, des objets parfaitement réalisables et utilisables aujourd'hui. La nature comme modèle, l'utopie réalisée, demain aujourd'hui : voilà ses refrains, dans lesquels sonnent des mots nouveaux, pleins de promesses : biomimétisme, permaculture, archi-human...

A Nethen, dans le Brabant wallon, il imagine avec son fils Alban, architecte comme lui, un bâtiment agricole d'un nouveau type, fondu dans le paysage : une grange multi-fonction archi-moderne pour la Ferme de la Patte d'oie : une exploitation agricole basée sur la permaculture, le collectif et le circuit court.

En ville, dans les dix-neuf communes de Bruxelles, il se met en chasse des "dents creuses", ces coins ou portions de rues oubliés des grands travaux, où l'on a rien reconstruit, et qui baillent, moches et inutiles, envahis par les pubs et les détritus, et qui défigurent les quartiers. Son projet, "archi-human" , c'est y installer les sans-abris. Il a dessiné des studios préfabriqués, qu'il empile trois par trois, verdurisés. Une réparation du tissu urbain et une concrétisation en Belgique du "housing first", une idée venue des States, simple et lumineuse, et qui marche : pour sortir les gens de la rue, il faut leur donner un logement, "une maison d'abord".

Et puis, il y a Chloé, sa fille, dessinatrice, styliste, bédéiste : elle rêve d'ensauvagement, de vie libre, dans les bois et les forêts; elle imagine des vestes-tentes, des manteaux-hamacs qu'elle essaie dans les no man's land verts de Bruxelles, entre les rails et la ville, un peu comme son père ses véhicules :   chez les Schuiten  pas d'atavisme, juste une nécessité : voir plus loin pour vivre mieux l'aujourd'hui.

 

TOUT LE BAZ'ART de Luc Schuiten

ARTE : Dimanche 22 mai, 17h00

LA TROIS : Jeudi 26 mai, 22h52