Laurence Vielle, poétesse nationale

Laurence Vielle, poétesse nationale
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Laurence Vielle, poétesse nationale - © Tout le Baz'Art

" la haine ronge l'âme

dans les rues de Bruxelles

un pigeon frôle le visage d'un homme

nous nous sourions

nos yeux se disent

que nous sommes cibles oui

cibles d'amour

danseurs de peaux cibles

tous nos possibles

ma ville

au coeur

fêlé

nos peaux cibles

dans les rues dansent aujourd'hui

demain

tous nos possibles "

 

Comment ne pas craquer en lisant ce quelques vers du poème " Tu es cible " que Laurence Vielle a écrit au lendemain des attentats de Bruxelles, et qui ont été traduits en flamand et en allemand sur le site du " poète national " ou " dichter des  vaderlands "? On retrouve là son style inclassable, fait de jeux de mots et de répétition, qui font jaillir l'émotion, le rire, les larmes; des poèmes écrits pour être dits, chantés, proclamés. Ce dont la poétesse nationale ne se prive pas : Laurence Vielle est aussi une grande performeuse. Entourée de musiciens ou d'autres poètes, elle slamme, mais sans la scansion du hip-hop, avec son phrasé bien à elle, éblouissant, étourdissant quasi hypnotique, sur les scènes de France, de Navarre, de Flandre et celles de Wallonie et de Bruxelles bien entendu.

En écrivant " Tu es cible ", après " Sécurité " ou encore " Allez, allez (t)rime ", sur la journée de la femme " en panne de sex-appeal, avec torchons soucis au front ..." en réponse aux " Fleurs rouges " du néerlandophone Charles Ducal, qui l'a précédé dans cette fonction, Laurence Vielle endosse avec  panache et détermination son rôle de poétesse nationale qu'elle va tenir deux ans avec pour simple mission d'écrire douze poèmes, consacrés à l'actualité de la Belgique et des belges, et publiés dans les trois langues nationales par les quotidiens " L'avenir ", " De Morgen " et " Grenz Echo ".

Les Romains de l'Antiquité avaient le leur, les Anglais, les Américains, les Hollandais d'aujourd'hui désignent aussi leur poète national, les Belges n'en ont jamais eu qu'un seul : en 1899, Emile Verhaeren, flamand francophone, alors au sommet de sa gloire, est choisi poète national par le Roi Albert Ier. Il n'aura pas de successeur, sauf qu'en 2014, le Poëziecentrum de Gand et la Maison de la poésie de Namur avec l'association littéraire anversoise Vonk & zonen, rejoints très vite par d'autres associations littéraires, décident de désigner pour deux ans le néerlandophone Charles Ducal comme poète national, puis cette année la francophone Laurence Vielle, dans le but de faire circuler la poésie néerlandophone, francophone et germanophone partout dans le pays.

Une mission qui lui va comme un gant. Elle, dont la famille est flamande francophone par sa mère, emmène pour son Tout le Baz'Art Hadja Lahbib à Anvers et Bruxelles, dans les lieux où s'élabore la poésie d'aujourd'hui du Nord et du Sud, à la rencontre de ses amis poètes, slammeurs, chanteurs, musiciens : Michaël Vandebril, François De Coninck, Charles Ducal, Jokke Schreurs, Filip Jordaens, David Giannonni, Vincent Tholomé et Gioia Frolli en un feu d'artifice de textes susurrés, crachés, chantés.

 

TOUT LE BAZ'ART de Laurence Vielle

ARTE : Dimanche 10 avril, 17h00

LA TROIS : Jeudi 14 avril, 22h25