Kool Koor, le Bronx à Bruxelles

Tout le Baz’Art de Kool Koor
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Tout le Baz’Art de Kool Koor - © Tout le Baz’Art

Qui devinerait qu’ici se cache un des artistes majeurs du street art new-yorkais,  dans cette rue du bas de Schaerbeek où brinquebale le tram 55,  dans cet immeuble vaguement industriel sans âge et sans caractère, coincé entre garages, entrepôts et maisons ?  Dans le loft du troisième étage où il habite, Kool Koor prépare sa prochaine exposition : il peint à même le sol une large toile, à côté d’une table basse où sont rangés ses pots d’acrylique, ses pigments, ses marqueurs, ses pinceaux et ses aérosols, sous l’œil sévère d’un robot style Goldorak customisé par ses soins, dans cette grande pièce que n’interrompt aucune cloison, et qui lui sert à la fois de cuisine, de salon et d’atelier. Kool Koor aime travailler chez lui, à Bruxelles où il vit depuis plus de trente ans, sur ses toiles qu’il envoie dans les galeries et musées du monde entier.

Sa première visite remonte à 1984 – il avait 21 ans – il y exposait quelques unes de ses toiles avec celles de la fine-fleur des graffeurs du Bronx, dont Keith Haring et Jean-Michel Basquiat. Il revient l’année suivante pour une expo en solo cette fois et tombe définitivement amoureux de la ville où il s’installe en 1989.

Kool Koor, de son vrai nom Charles dit Chuck Hardgrave est né à New-York dans une famille d’artistes d’origine caribéenne, dans le South Bronx, là où à la fin des années septante la culture hip-hop explose dans les rues des ghettos noirs et latinos : la vague des graffitis, du rap et de la break dance va très rapidement envahir toute la planète.  Chuck a treize ans, avec ses potes "writers", des "écrivains", c’est ainsi qu’ils se désignent,  il se met à écrire, puis dessiner et peindre sur les murs. Il s’inscrit à l ‘Art and Design School, dans la 57ème avenue. Pour se rendre aux cours, il prend le métro, dans lequel il se fait "motion writer", écrivain en mouvement, il tague depuis la rame les murs et les carrosseries.  Par le métro, le graffiti quitte le Bronx et se répand dans toute la ville. Des galeristes commencent à s’y intéresser  et tentent de convaincre les "writers" de passer des murs et des rames aux toiles pour garnir leurs cimaises. En 1979, à l’âge d’à peine seize ans, Kool Koor expose ses premières toiles à la galerie Flash Moda, à Manhattan.

Fasciné par la culture futuriste, très "Flash Gordon" ou "Star Trek", mais aussi l’architecture, Kool Koor, se met à coucher sur la toile à la bombe, mais très vite au marqueur, puis au pinceau, des cités intergalactiques, des bâtiments entrelacés, des vaisseaux spatiaux surréalistes qui vont petit-à-petit se styliser, se simplifier, pour se fondre en des milliers de hiéroglyphes tournoyant en cercles, ondulations, lignes, angles, arcs et roues, et composant des labyrinthes organico-mécaniques fantastiques et colorés.

Désormais ses toiles sont accrochées dans les plus grands musées dont le prestigieux Metropolitan Museum of Art de New-York, le Met.

Mais Kool Koor a d’autres cordes à son arc , l’ex-streetwriter s’est fait songwriter : il écrit des chansons pour lui-même et pour d’autres. Sur scène et dans ses clips, il impressionne avec sa fine et haute taille et ses dreadlocks drus, mais surtout par sa voix grave et chaleureuse qui slamme et récite, chante et rappe dans son anglais du South Bronx  des textes qui frappent par leur spontanéité, leur musicalité et leur rythme.

 

Tout le Baz’Art de Kool Koor

LA UNE, jeudi  19 avril, 23h50