Kody, Toseka !

Tout le Baz'Art de Kody
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Tout le Baz'Art de Kody - © Tout le Baz'Art

Quand il retourne à Kinshasa après 18 ans d’absence, comme invité d’honneur du festival d’humoristes congolais Toseka ! qui signifie "Rions !" en lingala, le belgo-congolais Kody est frappé par les similitudes  entre le rire congolais et le rire belge : comme le belge, le congolais rit d’abord de lui-même. La Belgique et son ancienne colonie ont amené l’auto-dérision à des sommets inégalés. Le Français, lui, rit d’abord des autres, et Kody, qui connaît bien les humoristes africains, sait qu’en Côte d’Ivoire et au Cameroun, c’est la même chose. Kody, aussi à l’aise à Kin, où il retourne désormais régulièrement, qu’à Bruxelles, est l’un des artistes les plus doué de cette nouvelle vague de l’humour belge francophone, qui s’exporte désormais avec un succès grandissant partout dans la Francophonie.

L’aventure commence il y a dix ans. Le paysage de l’humour au sud du pays est alors dominé depuis un bon bout de temps par François Pirette et Les Frères Taloche, qui ne renouvellent guère. Gilles Morin, qui a travaillé avec Franco Dragone, et son pote Cédric Van Troyen, qui se sont connus au Collège Cardinal Mercier de Braine-l’Alleud, se disent qu’il y a une place à prendre. En s’inspirant du Jamel Debbouze comedy club, qui cartonne en France et des recettes du stand-up à l’américaine, ils lancent les Kings of comedy, une première écurie d’humoristes : ils ne vont pas les chercher bien loin, ils se souviennent de ceux qui les ont fait marrer avec leurs vannes dans la cour du collègue. Alex Vizorek, James Deano et Kody, pour ne citer qu’eux, ont tous usé leurs jeans sur les bancs du Cardinal Mercier. Dans la foulée, ils s’offrent un lieu, à Ixelles, le Kings of Comedy Club, où défilent dès lors tous ceux et celles qui veulent se lancer dans la périlleuse carrière d’amuseur public. Deux fois par an, un concours, le Next Prince of Comedy, ouvert à tous, permet de déceler de nouveaux talents. Au Kings of Comedy Club, il y a spectacle tous les soirs, le public mange, les serveuses servent, les verres s’entrechoquent et c’est dans ce joyeux brouhaha que le performeur doit se faire écouter, sans aucun artifice : ni scène, ni décor, ni musique, rien qu’avec la force de ses mots et de ses blagues ; ce qui fait dire aux patrons du lieu que si une vanne passe la rampe  au Comedy Club, elle passera partout ailleurs…

Quand on vient le chercher, Kody travaille dans l’immobilier. Après le collège, il a fait Sciences Po à l’UCL et une école de commerce. Son père, Jean-Pierre Kimbulu était le dernier ambassadeur du Zaïre de Mobutu à Bruxelles, un poste qui n’était pas de tout repos. Avec la chute du dictateur, les temps se font plus difficiles et Kody doit gagner sa croûte. Il dira toujours que son boulot d’agent immobilier était un poste d’observation idéal et qu’il y a trouvé une matière en or pour alimenter ses sketches. Alors qu’il est d’un naturel plutôt réservé, c’est lui qui, en famille et chez ses amis prononce les discours lors des mariages et des grandes occasions.  Il s’est même écrit un petit sketch d’une quinzaine de minutes. : "I rêve a dream" et quand Gilles Morin lui propose de l’essayer face au public en première partie d’un des premiers spectacles des Kings of Comedy, celui d’Alexis, il n’hésite pas. A partir de là, tout s’enchaîne : la radio avec l’émission "Les enfants de chœurs" sur Vivacité, puis la télé avec "Le grand cactus" de Jérome de Warzée  sur La Deux de la RTBF, où il se rend incontournable pour ses imitations, lui préfère le mot évocations, de célébrités : Depardieu, Lagerfed, Beyoncé, etc… Il écrit deux spectacles "Kody my way", et "A vendre" qui tourne toujours. Il passe en France dans "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna et chez Laurent Ruquier. Jaco Van Dormael lui offre un petit rôle au cinéma, il joue le rôle principal dans le film d’Ismaël Saïdi qui va bientôt sortir. Après dix ans de travail acharné, l’homme aux mille perruques, la nouvelle star du stand-up, comme l’écrivent les Inrocks, celui qui réalise la synthèse entre Louis de Funès et Eddie Murphy, goûte un succès bien mérité, mais il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.  Le rêve de Kody est de s’investir davantage au cinéma et il se chuchote qu’il met la dernière main à son premier scénario pour le grand écran.

TOUT LE BAZ’ART de KODY

ARTE, dimanche 4 mars, 17h35

LA UNE, jeudi 8 mars, 23h20