Kitty Crowther, est-ce que tu sais que...?

Kitty Crowther
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Kitty Crowther - © Tout le Baz'Art

Il paraît qu'en Suède, quand on tombe sur une connaissance, on ne dit pas " Comment vas-tu ? ", mais " Est-ce que tu sais que... ? ". Les scandinaves sont tellement pétris d'histoires, de légendes et de contes qu'ils sont prêts à vous les raconter à la moindre occasion. Après une quarantaine de livres écrits et dessinés pour la jeunesse Kitty Crowther croit toujours aux dieux, aux anges, aux elfes, aux trolls et aux centaures. Sa maman suédoise et son père anglais, échoués en Belgique, y sont sans doute pour quelque chose. Kitty est encore loin d'avoir épuisé sa boîte à histoires, elle qui adore jouer avec ce qui existe et ce qui n'existe pas, ce qui n'est pas forcément beau, mais qui n'est pas forcément laid, elle qui navigue entre fantaisie et gravité, elle qui crée avec ses Caran-d'Ache multicolores et son taille-crayon à manivelle des drôles d'êtres prêts à nous parler de tout : de la mort, de la joie ; de Dieu, des hommes ; des mères et de leurs filles ; de l'autre et de nous…

Les titres de ses livres en témoignent, elle aborde tous les sujets, même les plus difficiles, et rien n'échappe à sa sagacité, son imagination et sa fantaisie : " L'enfant racine ", " Moi et rien ", " Le grand désordre ", " Petits meurtres et autres tendresses ", " La visite de la petite mort ", " Mère méduse " et plein d'autres encore... Ses deux fils, Théodore et Elias, sont ses premiers lecteurs et depuis tout petits l'ont aidée à inventer ses récits, mais dans le grenier de la petite maison du Brabant wallon où elle a installé son atelier, Kitty dit que c'est d'abord la page blanche des carnets qu'elle a toujours sous la main qui lui dicte sa nouvelle histoire et ses nouveaux personnages. Elle dit aussi qu'entre les pages, cachés dans la tranche du papier, il y a aussi des bouts d'histoire dont elle doit tenir compte pour dessiner et écrire. Mais où est-elle aller chercher cet univers, mi-réaliste, mi-fantastique, peuplé d'êtres comme tout-le-monde mais aussi de monstres bizarres à la fois effrayants et bienveillants ?

Kitty est née malentendante et ne s'est mise à parler que très tard, à plus de quatre ans, et ses parents et les médecins ont mis du temps à déceler son handicap. Elle a donc vécu sa petite enfance quasi autiste sans sons ni mots pour déchiffrer son environnement, ce qui lui a donné une grande faculté de distinguer l'apparence de la réalité et surtout d'imaginer qu'il y a un sens caché en toute chose, en tout geste, en toute situation. Et c'est ce sens caché, cet entre-page, ce recto-verso qui tissent mine de rien mine de crayon la trame de tous ses livres.

Clin d'oeil ou consécration ? En 2010, Kitty Crowther est la première belge à recevoir le prix Astrid Lindgren, l'équivalent du Nobel pour la littérature jeunesse, remis au printemps chaque année à Bologne, lors de la plus grande foire européenne de livres pour jeunes. Clin d'oeil, parce qu' Astrid Lindgren, la romancière suédoise, auteure des aventures de Fifi Brindacier a bercé sa jeunesse, et consécration parce que ce prix a fait connaître Kitty Crowther bien au-delà de la francophonie. Depuis, elle est invitée aux quatre coins du monde et ses livres sont traduits dans plus de quinze langues, mais cela ne l'empêchera jamais de continuer à tailler ses crayons et à tenter de mettre en images, en couleurs et en mots, ce que lui chuchote la page blanche du carnet qu'elle vient d'ouvrir sur la table de son grenier.

Dans son Tout le Baz'Art, Kitty Crowther initie Hadja Lahbib à l'art du crayon et du récit, avec son éditrice de la maison Pastel Odile Josselin ; avec la romancière gantoise Gerda Dendooven et son enfant pêteur ; avec Nina Cosco, illustratrice qui cherche sa voie ; chez le vannier Loïc Villeneuve dans son incroyable jardin en ville ; et auprès de de ses deux fils, Théodore, le reporter et Elias, le danseur, mais toujours premiers lecteurs de ses histoires.

 

ARTE, dimanche 21 mai, 17h35

La Trois, jeudi 1 juin, 22h35