Jodie Devos, une voix connectée

Jodie Devos et Hadja Lahbib
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Jodie Devos et Hadja Lahbib - © Tout le Baz'Art

Son deuxième prix au concours Reine Elisabeth de chant en 2014 lui a ouvert toutes les portes. Depuis, la soprano belge Jodie Devos enchaîne les rôles et tourne un peu partout en Europe. Sa prestation dans le "Barbier de Séville" de Rossini pour l'Opéra Royal de Wallonie est restée dans toutes les mémoires. Celle qui avait impressionné par son coffre puissant et son expressivité lors de la finale du concours, notamment dans "Amor" de Richard Strauss et surtout "Glitter and be gay" de Léonard Bernstein, s'est révélée de plus une excellente comédienne, campant une Rosina coquine, drôle et toute en nuances. On la verra cette fin d'année sur la même scène à Liège donner sa voix à Eurydice dans Orphée aux enfers de Jacques Offenbach, avec le fameux air du french-cancan. Il ne fait aucun doute que Jodie, que certains n'ont pas hésité à comparer à Cecilia Bartoli, est au seuil d'une brillante carrière dans les maisons d'opéra d'Europe et du monde entier. Et pourtant, ce compte de fée a bien failli ne jamais avoir lieu. Elle n'aime pas qu'on le lui rappelle, mais son malaise lors de la première épreuve éliminatoire où elle a chancelé en entonnant les premières notes d'un opéra de Ravel aurait pu lui coûter son concours. Le jury lui a donné une deuxième chance, une chance qu'elle a saisi avec détermination et panache. En musique, comme en sport, le mental est fondamental et Jodie le sait mieux que quiconque.

Jodie a toujours chanté : petite, elle chantait les tubes du hit-parade devant son miroir en prenant des poses ; elle animait aussi pour elle toute seule une émission de radio qu'elle enregistrait sur son radio-cassette, c'était radio DJ comme Devos Jodie, et il n'était pas question de musique classique et encore moins d'opéra : en famille, elle écoutait en boucle "Kashmir" de Led Zeppelin dans la version des années nonante, celle où Jimmy Page et Robert Plant sont accompagnés par des musiciens traditionnels marocains et égyptiens... Puis elle a suivi des cours de chant et là, elle a découvert qu'elle possédait une voix, une voix de soprano, une voix connectée. Pour la musique lyrique, sans micro ni amplification, il faut une voix qui puisse couvrir l'orchestre, couvrir tous les instruments, quoiqu'ils jouent, une voix qui s'impose , une voix connectée, avec des cordes vocales qui fassent résonner tous le corps. Certains chanteurs mettent des années d'exercices à l'acquérir ; Jodie, si frêle, si menue, ses lunettes sur le nez, l'avait naturellement : quand elle chante, elle est transfigurée, elle se métamorphose, elle devient quelqu'un d'autre, elle devient sa voix. Encouragée par ses profs, elle n'a plus jamais douté de sa vocation. Elle a travaillé sa voix d'or à l'IMEP à Namur, puis à Londres, à la Royal Academy of Music, soutenue par des mécènes, comme Marina Solvay, et son association Do musica, qui ont très tôt cru à son talent.

Que faire, de retour de Londres, deux ans plus tard ? Là-bas, cette voix connectée, elle l'a frottée à tous les airs, à toutes les mélodies : elle se sent prête ! Mais à Bruxelles, elle désespère, il ne se passe rien ! Et puis, un coup de chance : suite à une défection dans sa distribution, Patrick Leterme lui propose une audition pour le rôle de Liesl dans la comédie musicale "La mélodie du bonheur", mise en scène par Xavier Elsen, un spectacle qui va tourner plusieurs mois, elle est engagée. Il ne lui manquait plus que l'apprentissage de la scène, la confrontation avec le public. Elle brûle les planches et c'est parti !

Dans son Tout le Baz'Art, Jodie Devos emmène Hadja Lahbib à la rencontre de ses bons anges : Marina Solvay et Patrick Leterme ; de son papa, Philippe Devos, éleveur de canards dans le Luxembourg avec le chef Eric Lekeu dans son restaurant de Namur ; dans les ateliers de l'Opéra de Liège, avec Fernand Ruiz et son équipe, elle se balade au milieu des décors en construction, des accessoires et des costumes en essayages, et pour en finir avec son trac, elle suit une séance d'hypnose avec Anne-Sophie Nyssen, professeur de psychologie à l' Université de Liège.

 

Tout le Baz'Art  de Jodie Devos

Arte, dimanche 27 novembre 17h00

La Trois, jeudi 8 décembre 22h35