Jeff Kowatch, Christ leaving Brussels

Tout le Baz'Art de Jeff Kowatch
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Tout le Baz'Art de Jeff Kowatch - © Tout le Baz'Art

Les Musées royaux des Beaux-Arts viennent d’acquérir une des dernières toiles du peintre américain installé à Bruxelles depuis quinze ans Jeff Kowatch, "Christ leaving Brussels", la sortie du Christ de Bruxelles, allusion évidente au chef-d’oeuvre de James Ensor "La joyeuse entrée du Christ à Bruxelles" dont le tableau de Kowatch reprend les exactes dimensions, monumentales. Une consécration pour cet artiste discret, raffiné et exigeant qui vient de se permettre le luxe de deux expositions simultanées et très suivies à Bruxelles, à la galerie Faider et à La Forest Divonne.

Jeff Kowatch est né en 1965 à Los Angeles. Jusqu’à ses dix-huit ans, il suit des cours de peinture où il recopie inlassablement les chefs d’œuvre des grands maîtres de la peinture européenne, ce qui lui permet d’acquérir une technique picturale hors-pair. Los Angeles, c’est aussi le siège de la Fondation Getty qui a acquis "La joyeuse entrée" dans les années quatre-vingt : le tableau du peintre ostendais est donc très familier à Jeff Kowatch et quand il s’est mis, pour ses derniers travaux, à aborder les thèmes du cirque et du carnaval, il lui est tout naturellement revenu en mémoire. Mais la comparaison s’arrête là : à part son titre et ses dimensions, on chercherait vainement dans le tableau de Kowatch ne fût-ce qu’un trait de pinceau qui rappelle Ensor. La peinture de Jeff Kowatch est abstraite, faite de grandes taches de couleurs qui dansent : elles se succèdent, se répondent, s’interpellent, se floutent l’une l’autre ; une symphonie coloriste, une polyphonie qui saisit par sa profondeur, sa transparence et sa luminosité. C’est le résultat éclatant de sa manière de peindre très particulière : chaque tableau est fait de 40 à 50 couches successives de peinture, que Jeff peint, puis gratte, puis ponce une par une, dans un processus qui peut durer des mois. Ce qu’on a sous les yeux n’est pas seulement ce qu’on voit, mais un palimpseste, une histoire dont les strates, invisibles, sont pourtant bien présentes.

Il y a quelque chose de la transe dans cette technique minutieuse et dévorante ; d’autant plus que, temps de séchage oblige, Jeff travaille sur plusieurs tableaux simultanément, les accrochant, les décrochant, les rangeant, les reprenant l’un après l’autre, couche après couche, qu’il ôte, puis qu’il rajoute, en une sorte de ballet au ralenti et incessant qu’il accomplit jour après jour dans la solitude de son atelier. La petite vidéo visible sur son site où on le voit peignant "Christ leaving Brussels", plus d’un an de travail en un raccourci saisissant d’une dizaine de minutes, ne donne qu’une faible idée de cette discipline quasi mystique qu’il s’impose et que ses couleurs reflètent dans chacune de ses œuvres.

Parti de Californie, c’est à New-York que Jeff Kowatch se met véritablement à peindre, et où très vite, il rencontre une jeune flamande de Bruxelles, Winifred, qui deviendra sa femme. Il la suivra quelques années plus tard jusqu’au cœur de l’Europe pour fonder leur famille. Avec ses trois enfants, sa maison de Bruxelles, son atelier de Vilvorde, Jeff s’applique à lui-même quelques principes de sa peinture. Il y a la couche musicale : il fréquente assidûment les concerts de la capitale ; il y a la couche spirituelle : il s’est essayé des années durant à la méditation au point d’en arrêter quasi de peindre ; il y a la couche gastronomie : il a suivi trois ans durant des cours du soir de cuisine au Ceria et obtenu l’accès à la profession ; mais reste surtout la couche peinture, huile et pastel, et le sourire et les grimaces d’un clown qu’il voudrait capter en taches sautillantes et multicolores, comme dans cette nouvelle de Henry Miller "The smile at the foot of the ladder" qu’il affectionne particulièrement.

TOUT LE BAZ’ART de Jeff Kowatch

ARTE, dimanche 20 janvier, 17h35

LA UNE, jeudi 24 janvier, 24h00