Fabrice Murgia, et tous les autres...

Fabrice Murgia et Hadja Lahbib
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Fabrice Murgia et Hadja Lahbib - © Tout le Baz'Art

Quand il sort du Conservatoire de Liège, du domaine du théâtre où il s'est inscrit par défaut, n'ayant pas trouvé de place dans la section guitare, Fabrice Murgia monte en auto-production avec des potes son premier spectacle : "Le chagrin des ogres". Il cherche à montrer une première version à des directeurs de théâtre et des diffuseurs. Sans succès. Jusqu'à ce qu'un hasard le fasse rencontrer Jean-Louis Colinet, le directeur du Théatre National à Bruxelles.

Colinet qui cherche du sang neuf flaire le bon plan : une troupe naissante de jeunes enthousiastes avec un spectacle total, mêlant textes, musiques et images ; une problématique contemporaine : le malaise adolescent ; une bonne dose de violence sur le plateau, mais bien maîtrisée. Le courant passe. Il aide donc Fabrice Murgia à produire son spectacle définitif. Et c'est un vrai succès, surtout auprès d'un public jeune, dont Murgia, qui a à peine plus de vingt ans à l'époque, connaît tous les codes. "Le chagrin des ogres", créée en 2009, après un détour par Avignon, est toujours joué aujourd'hui dans de nombreux théâtres en Europe et au-delà.

 

Depuis, parallèlement à sa carrière d'acteur au théâtre, au cinéma et à la télévision, Fabrice Murgia va enchaîner les mises en scènes, qui connaissent très vite un retentissement international. Jean-Louis Colinet avait vu juste et Fabrice Murgia a ouvert la brèche : à sa suite, toute une génération de jeunes metteurs en scènes belges francophones s'est déployée avec succès en jouant leurs spectacles sur les scènes de France et d'ailleurs.

 

Le théâtre de Fabrice Murgia est profondément original par cette combinaison unique de technologie dernier cri avec ses images, parfois filmées en direct, ses sons technos et sa musique souvent jouée sur scène, ses dispositifs mécaniques, ses lumières, ses brouillards, et un travail purement théâtral sur la narration et les textes, écrits en répétant, et le jeu des acteurs poussés à leurs limites : un théâtre où surgissent sur le plateau de chacune de ses pièces des images éblouissantes, mais qu'il veut toujours au service d'une autopsie sans concession de notre société hyper-connectée, mais terriblement productrice de solitude et d'exil, de perte de mémoire et d'abandon.

 

Mais derrière cette vision très sombre et très personnelle, il y a tous les autres. Une mise en scène est d'abord un travail collectif et Fabrice Murgia le sait mieux que personne : "Notre peur de n'être", "Ghost roads", "Dar-al-Shaga", "Karbon Kabaret", autant de spectacles, autant de jalons du Tout le Baz'Art de Fabrice Murgia, qui emmène Hadja Lahbib à la rencontre de ses derniers spectacles et de ceux et celles qui travaillent avec lui : ses actrices Magali Pingault et Ariane Rousseau; sa compagne, Virginie Demilier; Kris Defoort, le pianiste et compositeur de jazz flamand; Michaël Nicolaï, l'ex-graffeur, peintre maniaque des vestiges industriels liégeois; et le temps d'une chanson aux Olivettes, un bar chantant du bord de Meuse, ses amis d'enfance, avec lesquels il jouait sur les pentes du Terril du Hasard à Retinne, son village natal : Maxime Glaude, qui reste son musicien attitré depuis "Le chagrin des ogres" et Jean-François Ravagnan, son cinéaste, itou. Ses potes, les rois de la bidouille du son et de l'image, comme lui, coureurs de terrils, devenus pros sur les planches du monde entier.

 

TOUT LE BAZ'ART de Fabrice Murgia

ARTE : Di 22/11 17h00 / LA TROIS : Je 26/11 22h30

 

LE DOC DE TOUT LE BAZ'ART :

"La nuit leur appartient, l'aventure Depardieu/Graffin" de Jean-Marc Panis

ARTE : Di 22/11 17h26 / LA TROIS : Je 26/11 22h56