Eric Sleichim, un tubax pour Bach

Tout le Baz'Art d'Eric Sleichim
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Tout le Baz'Art d'Eric Sleichim - © Tout le Baz'Art

Il est probablement un des seuls à en posséder un et à en jouer Belgique, il y en a à peine une centaine à résonner dans le monde entier, et son créateur en assemble moins d’une dizaine par an dans ses ateliers de Bavière ; mais pour son nouveau projet Eric Sleichim n’en démordait pas, il lui fallait un tubax, un saxophone contrebasse, le seul de la famille de cet instrument que n’a pas réalisé Adolphe Sax.

A l’aube des années 2000, le facteur  allemand Benedikt Eppelstein s’est acharné sur un tube conique de laiton et de cuivre de cinq mètres de long qu’il a replié quatre fois pour faire naître un instrument immense, inouï, impressionnant et chaleureux, grave et onctueux. Eric Sleichim, qui maîtrise avec brio la technique ancestrale de la respiration circulaire, aime seul y souffler pour ses propres compositions.

Mais son idée était d’abord de jouer la musique d’orgue de Bach, ses fugues, concertos, partitas, passacailles avec Bl!ndman, son quatuor de saxos auquel il ne manquait que les graves pour envahir les églises. Avec ses complices au diapason, son tubax au bout lèvres, ses doigts virevoltants, Eric Scleichim s’est conquis un nouveau territoire, plus loin, ailleurs, comme toujours.

Ailleurs, toujours, c’est là la clé de son itinéraire, depuis l’internat à Anvers, où l’on s’ennuyait à mourir, et où avec un voisin de chambrée, il s’est mis à jouer de la guitare en écoutant Jimi Hendrix. Avec d’autres élèves apprentis musiciens, il fonde un groupe et se met au saxophone : c’est le coup de foudre : Eric Sleichim va passer sa vie à explorer les possibilités infinies de cet instrument, dont il apprend le jeu et la technique au Conservatoire de Bruxelles, puis de Liège. Mais ses études le laissent sur sa faim : il y a trop peu de compositeurs de musique contemporaine pour s’intéresser au sax et le répertoire est en conséquence très limité. Il faut donc inventer.

En 1983, il rejoint le groupe Maximalist ! que vient de former Thierry De Mey, avec Walter Hus et Peter Vermeersch. Maximalist ! avec un point d’exclamation pour mieux dire ou plutôt jouer le contraire, puisque que leur style, dans la foulée de Steve Reich,  se veut minimaliste, répétitif et radical. Les Maximalist ! vont créer la musique des premières chorégraphies d’ Anne Teresa De Keersmaeker et de Wim Vandekeybus, et notamment celle de "Rosas danst Rosas" qui va propulser la créatrice flamande sur les scènes du monde entier. L’aventure durera six ans et Eric Sleichim y découvre la richesse pour un musicien de travailler avec des artistes d’autres disciplines : chorégraphes, comédiens, plasticiens, vidéastes, des collaborations qu’il va poursuivre tout au long de sa carrière.

En 1988, il fonde Bl!ndman, un quatuor de saxophones, toujours dans l’idée de repousser les limites de l’instrument. On aura noté le point d’exclamation dans le nom de l’homme aveugle, dans la continuité des Maximalist ! et en référence à une revue dadaïste fondée à New-York en 1917 par Marcel Duchamp "The blindman" qui déjà voulait déconstruire les acquis de l’art en imaginant un aveugle guide de musée  commentant la visite face à un public ébahi.

En trente ans, Bl!ndman et ses avatars, puisque désormais, à côté des saxophones, il y a des quatuors Bl!ndman pour voix, pour cordes et pour percussions, auront foulé tous les territoires : de l’accompagnement de films muets, à la recréation des canons et motets de la musique vocale franco-flamande du XIIème au XVIème siècle,  jusqu’aux mises en scène grandioses d’Ivo van Hove, Jan Fabre ou Jan Lauwers. Après sa re-lecture au tubax de la musique d’orgue de Bach, Eric Sleichim s’est mis à travailler avec le plasticien Hans Op De Beeck, pour un projet sur l’Apocalypse. Il va de nouveau quitter sa zone de confort, aller ailleurs, et vivre, comme toujours, la musique comme une expérience.

 

TOUT LE BAZ’ART d’ Eric Sleichim

La UNE, jeudi 22 mars, 24h15