Dimitri Verhulst, à pied, en vélo, à l'écran, en vitrine...

Dimitri Verhulst
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Dimitri Verhulst - © Tout le Baz'art

Un homme derrière une vitrine aux néons rouges, dans les rues de Gand : Dimitri Verhulst a accepté pour "Marie-Claire" de se livrer à un shooting de mode, mais il a exigé que les rôles soient inversés : lui jouera la "femme" dans tous ses clichés, et les mannequins top-models se contenteront du rôle d' homme : du Dimitri tout craché, qui brouille les pistes pour faire réfléchir, un homme sans tabous enraciné, engagé, enragé.

C'est avec "Hotel Problemski" que l'écrivain flamand Dimitri Verhulst s'est fait connaître, traduit en plus de dix langues, le roman raconte le quotidien d'un centre d'accueil pour réfugiés. Le bouquin, paru en 2003, vient d'être adapté à l'écran par Manu Riche, qui a transposé l'action, brûlante d'actualité, dans un décor digne de 1984 – en fait, l'ancien siège de Paribas à Bruxelles, promis à la démolition – et fait jouer des acteurs novices au cinéma et qui tous, de loin ou de près, sont concernés par la question de l'immigration, de l'exil, du déracinement... Une manière de faire honneur à l'écriture de Dimitri Verhulst, très libre et littéraire, mais qui plonge ses racines profondément dans le réel.

En 2006, sort de "De helaasheid van dingen" son roman autobiographique, qui fait un malheur dans les librairies de Hollande et de Flandre, avant d'être adapté au cinéma par Felix Van Groeningen, un premier film très réussi qui va lancer sa carrière et qui obtiendra le prix Art et Essai au Festival de Cannes. "La merditude des choses" attirera l'attention sur ce nouveau cinéma flamand entre Hollywood et Breughel et sur Dimitri Verhulst, enfant placé pour le protéger de sa famille totalement alcoolique et déjantée devenu écrivain.

Dans ses derniers livres traduits en français, "L'entrée du Christ à Bruxelles" en 2013 et surtout "Ma femme m'a rendu fou" en 2015, il creuse son style, sarcastique, très explicite, au bord du précipice et d'une vulgarité qu'il magnifie avec ses mots, sa colère, son humanité...

Pendant douze ans exilé volontaire dans le petit village wallon près de Huy, il avait creusé son trou par amour d'une reine et de la petite reine. Il a sillonné les monts et les vallées des Ardennes, mais il a aussi avec son pote Laurent Gérard, nom de plume Stanley Nagel, organisé des courses mémorables de vélo sur rouleaux dans la salle paroissiale de Huccorgne, sous le nom du "Dopé libéré".

De retour au bercail à Gand, sa ville d'adoption, depuis un an et demi, il emmène Hadja Lahbib dans son Tout le Baz'art le long des canaux et dans les ruelles, Van der Donckt Doorgang, là ou il y a des vitrines remplies de présences féminines ; au musée Huis van Alijn, pour l'expo sur les six jours de vélo du vélodrome de Gand ; au Vooruit, le temple de l'action commune socialiste, repris il y a trente ans par une bande d'idéaliste fou de rock, dont Peter van den Eende, et devenu le lieu incontournable de la musique, la danse, la littérature lors des nuits et des fêtes gantoises ; chez son ami Pieter-Jan de Smet, chanteur et musicien, qui l'accompagne lors de ses performances littéraires et à dans la banlieue d'Anvers, à Merksem, dans l'atelier du peintre Koen van den Broeck, le "maître des trottoirs" comme il l'appelle, un artiste hyperréaliste fasciné par les Etats-Unis ses décors et ses paysages.

 

Tout le Baz'Art de Dimitri Verhulst - le 14/02/16 à 17h sur Arte Belgique

rediffusé le jeudi 18 février sur La Trois à 23h05.