David Murgia, oufti ! Jésus au pied du terril

TOUT LE BAZ'ART de David Murgia
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TOUT LE BAZ'ART de David Murgia - © TOUT LE BAZ'ART

Il vient d'avoir vingt-neuf ans et déjà, il a écumé toutes les scènes de Wallonie, de Bruxelles, de France, de Navarre, de toute la francophonie et au-delà, des plus prestigieuses aux plus modestes, du " off " puis du " in " en Avignon  à la péniche du Ventre de la Baleine amarrée en bord de Meuse à Liège, quai Marcatchou. David Murgia, le Jésus " oufti ! " du " Tout nouveau testament " de Jaco Van Dormael, qui rejoue un autre Jésus revenu sur terre plutôt désabusé dans son dernier spectacle " Laïka ", écrit et mis en scène par l'italien Asciano Celestini, s'est taillé en à peine quelques années au théâtre comme au cinéma une sacrée carrière : il a joué son premier seul en scène " Discours à la Nation " du même Celestini plus de deux-cents-cinquante fois ; pareil avec le " Chagrin des ogres ", la pièce coup-de-poing qui a lancé son frère Fabrice, acteur comme lui, metteur en scène et désormais directeur du Théâtre national ; il s'est payé Paris et Avignon de nouveau avec ses quatre complices du Raoul collectif, un quintette du tonnerre avec " Le signal du promeneur " et " Rumeurs et petits jours " ; et au cinéma, il s'est fait deux Magritte, meilleur espoir 2013, meilleur deuxième rôle 2017, et tourne avec quelques uns qui comptent dans le cinéma belge, francophone ou flamand : Michaël Roskam, Bouli Lanners, Jaco Van Dormael, Nabil ben Yadir...

Un parcours de météorite, mais quand on suit la trajectoire, on est surtout frappé par la cohérence et la rigueur des choix de David, comme dans son premier essai d'écriture pour le théâtre, " L'âme des cafards " ou dans " Liebman rénégat " le stand-up de Riton Liebman que David a aidé à accoucher et à mettre en scène. David se défend de faire de la politique, mais il avoue modestement que " son geste et son énergie théâtrales sont largement imprégnés de sa vision du monde en tant que citoyen ", une manière élégante de désigner son engagement absolu face aux mécanismes du monde d'aujourd'hui qui ne tournent pas rond et de son souci sans concession de donner une voix aux sans-voix de tous bords, mais sans jamais oublier l'humour et l'émotion.

Comme son frère Fabrice quelques années auparavant, David est passé par le Conservatoire de Liège, section Arts de la Parole, devenue aujourd'hui l'Esact. A l'époque, le corps pédagogique se bat pour obtenir de meilleures normes d'encadrement, David est à la tête du comité étudiant et se lance avec fougue dans la bataille, avec succès. Plus tard, il se fera porte-parole du mouvement " Tout autre chose", pendant francophone de " Hart boven hard ", un lieu de réflexion et de manifestation citoyen pour résister aux dérives de la société contemporaine : le saltimbanque se fait citoyen... A moins que ce ne soit le contraire : un citoyen devenu saltimbanque décide d'aborder sur le plateau les sujets qui comptent pour lui, pour témoigner et réveiller les consciences… Ce n'est pas un hasard, ou plutôt si…

David a grandi au pied du terril du Hasard, le plus grand de Wallonie, près de Liège, à la lisière  de  Soumagne et de Fléron. Un papa italien fils de mineur, une maman espagnole arrivée à l'âge de deux ans de l'Andalousie pour rejoindre ses grands frères à la recherche d'une vie meilleure, installés rue du fort où sur le terril-terrain de jeu, se côtoyaient aussi polonais, turcs, portugais, une enfance de fils d'ouvrier et ses leçons de la rue : tolérance, solidarité, entraide, engagement…

Ce n'est sans doute pas non plus par hasard que David se sert de certaines métaphores pour évoquer son métier : au théâtre, on est menuisier : on fabrique des chaises ; au cinéma, on devient ferronnier :   

on fabrique des charnières. Une chaise, une charnière, ça n'a rien à voir, mais on est toujours ouvrier.

Dans son Tout le Baz'Art, David Murgia balade Hadja Lahbib dans toutes ses maisons : à Soumagne, celle de son enfance, celle de sa famille ; à Liège au Cons', l'Esact son école, à deux pas des hauts-fourneaux éteints ; et à Bruxelles, au National son théâtre, avec bien sûr son grand-frère Fabrice, nouveau maître des lieux.

 

TOUT LE BAZ'ART de David Murgia

LA TROIS, 8 juin, 22h25