Catherine Magis, Madame Catastrophe

Catherine Magis et Hadja Lahbib
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Catherine Magis et Hadja Lahbib - © Tout le Baz'Art

"Le quotidien me satisfait rarement. Je suis quelqu'un de très excessif et d'un peu inconscient -même si j'ai mûri- je ne sais pas d'où je tire cette énergie, depuis toujours", Catherine Magis, la responsable de l'Espace Catastrophe, situé à saint-Gilles dans les anciennes Glacières et dédié aux arts du cirque sous toutes ses formes se montre parfaitement lucide. Pour tous ceux qui la côtoient, c'est une véritable pile électrique, une boule d'énergie, toujours en mouvement et que rien n'arrête : sa devise "Quand tu veux, tu peux". Celle qui accompagne le véritable boom des arts circassiens à  Bruxelles depuis vingt ans, est née en 1969 à Liège dans une famille de sept enfants, dans laquelle elle a très vite appris à se démener pour obtenir quelque chose, mais qui lui a aussi donné un goût profond pour la joie et un sens aigu de l'autonomie.

Elle se lance d'abord dans le théâtre, mais cela ne la satisfait pas. Le déclic vient avec l'Ecole de Cirque de Bruxelles : un coup de foudre. Elle est comme un poisson dans l'eau avec le travail collectif, imaginatif et déjà international de l'école. Elle multiplie les stages et les voyages, elle mêle danse, cirque, musique, films, artistes pros et gens de la rue… En 1992, elle rejoint l'Ecole de Cirque de Montréal. De retour au pays, elle fonde la compagnie "Catastrophe". En 1994, c'est l'accident, lors d'un spectacle, "Peter Pan", elle se découvre une fracture au bas de la colonne vertébrale. Forcée au repos, elle se met à rêver d'un lieu pour accueillir les artistes circassiens qui commencent à se presser à Bruxelles dans une véritable ébullition. Par hasard, elle tombe sur les anciennes glacières de Saint-Gilles, désaffectées. En 1995, elle y fonde l'Espace Catastrophe, un lieu dédié aux professionnels du cirque qui combine création, formation, entraînement et aide à la production.  Vingt ans plus tard, l'Espace Catastrophe apporte chaque année son aide sous une forme ou une autre à près de septante compagnies venues du monde entier.

Sa définition du cirque, elle la trouve chez Charlie Chaplin :

Le cirque, c'est la concentration silencieuse, l'art de jouer sans dire un mot, l'anti-théatre, la technique des sourds-muets qui sont les plus grands acteurs du monde : tout ce qui est contraire au cinéma... Notre profession est faite de vingt métiers à la fois, et ce sont ces vingt métiers qui forment une vedette ...

Une définition lancée en plein âge d'or du cirque traditionnel et qui n'a pas pris une ride pour caractériser le cirque contemporain. Un art qui explore tous les univers ; entremêle les genres ; encourage les métissages ; emprunte au cirque traditionnel mais aussi à la poésie, à la création musicale, aux arts plastiques, aux arts numériques, au théâtre, à la danse ; repousse les limites de l'équilibre, de l'agilité, de l'adresse, avec le corps comme enjeu. Un art d'avant-garde, hybride dans la forme et rebelle dans son contenu.

Catherine Magis se permet de diriger quelques spectacles et même de remonter de temps en temps sur les plateaux, malgré sa vieille blessure ; elle se met à l'écoute des corps fragiles. "Complicités"  qui mélange sur le plateau artistes handicapés et circassiens a ainsi fait le tour d'Europe, dans le droit fil de sa philosophie : au cirque, tout le monde peut trouver sa place et son langage personnel. Une affirmation qui explique le véritable engouement pour le cirque contemporain à Bruxelles, professionnel comme amateur, avec des dizaines de spectacles par an, dont certains tournent dans le monde entier.

Bientôt, fin 2017 ou début 2018, l'Espace Catastrophe va quitter son berceau historique et peu commode, les glacières de Saint-Gilles, pour s'installer dans un bâtiment flambant neuf de 3000 mètres carrés, à Koekelberg, en bordure du parc Victoria, le CirK. Une installation qui, avec le déménagement de l'Esac, l'école supérieure du cirque de Bruxelles, d'Auderghem à Anderlecht va définitivement faire de Bruxelles un rendez-vous incontournable des circassiens du monde entier.

Dans son TOUT LE BAZ'ART Catherine Magis emmène tambour battant Hadja Lahbib à la rencontre de compagnies en pleine répétition à l'Espace Catastrophe : "Te koop", "Naga collective", "Cie du bourgeon", "Barks", autant de projets, de spectacles en gestation, de travail sur les corps, les gestes et les objets, avec la bande de "zouf's" du spectacle "Complicités", le journaliste et critique Laurent Ancion, Veerle Kerchoven du Bronks, le théâtre flamand pour jeune public de Bruxelles, et Benoît Litt, le compagnon et père des enfants de Catherine, mais aussi son plus fidèle collaborateur.

Tout le Baz'Art de Catherine Magis, ce jeudi 27 octobre à 22h25 sur la Trois