Ben Stassen, fly me to the moon

TOUT LE BAZ’ART de Ben Stassen
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TOUT LE BAZ’ART de Ben Stassen - © TOUT LE BAZ’ART

Un Belge qui joue dans la cour des grands, entre Bruxelles et Los Angeles, qui titille avec ses films et leurs audiences, Pixar et Disney ; "the" Belge dont les films sont de loin les plus vus en salle dans le monde entier ; un Belge dont l’accent, même en anglais trahit les origines : pomme, cidre et sirop, pays d’Aubel, Province de  Liège ; avec "Fly me to the moon", "Le voyage extraordinaire de Samy", "Big foot junior" entre autres, Ben Stassen a séduit des millions de spectateurs. C’est à Bruxelles, dans ses studios de nWave qu’il réalise de A à Z ses longs métrages d’animation en 3D. Il les fait distribuer dans le monde entier, une véritable performance : nWave emploie à peine 120 personnes et le budget d’un de ses films atteint rarement les vingt millions d’euros, alors que les grands studios américains mettent au minimum quatre cents animateurs, voire plus, sur leurs grandes productions, pour un budget qui dépasse souvent les cent millions de dollars… Le rythme bluffant de ses sorties, une par an à peu près depuis 2008, en fait le studio d’animation le plus prolifique et le plus efficace au monde. Quel est donc le secret de cette éclatante réussite, qui reste trop méconnue ?

 

D’abord, ses études. Après avoir entrepris des études de sciences politiques et sociales à la VUB, Ben Stassen part aux Etats-Unis pour un master dans la prestigieuse School of cinematic arts de l’USC, University of South California, à Los Angeles. L’école est sponsorisée par Georges Lukas, ancien élève, et dans les couloirs et les salles de cours il croise des pointures du cinéma américain, Orson Welles, Jack Nicholson, etc,…Edward Dmytryck, le réalisateur d’ "Ouragan sur le Caine" le choisit comme élève assistant pour son cours de caméra et éclairage, une formation solide et idéale pour celui qui rêve de passer derrière la caméra.

 

Ensuite, une rencontre décisive, à son retour en Belgique, en 1991. Via des amis communs, il fait la connaissance de Jean-Pierre Dauzun, un ancien comédien qui vient de fonder à Bruxelles "Little Big One", une société consacrée à l’image. Jean-Pierre Dauzun, un visionnaire qui croit dur comme fer à l’avenir des images de synthèse, engage Ben dans sa société, et le voilà qui se met à travailler sur des logiciels conçus avec l’ULB : les images de synthèse sont le summum du trucage et des effets spéciaux : plus de caméra, plus de dessins, plus de studio : juste un ordinateur, une véritable révolution ! Comme souvent, Jean-Pierre Dauzun aura raison trop tôt. LBO, un des pionniers mondiaux dans ce domaine encore balbutiant fait rapidement faillite, mais Ben ne veut pas en rester là.

 

Sur les décombres de LBO, il fonde avec d’autres sa propre société, nWave, qu’il veut consacrer uniquement au cinéma d’animation en images de synthèse et, bientôt, à la  3D. Et là, il a du flair, il s’attaque à une niche qui commence à faire parler d’elle : le film de parc d’attraction, ces films qui à l’aide de différents procédés : images de synthèse, caméras IMAX, 3D, etc…  font vivre une véritable expérience au spectateur. On les appelle d’ailleurs des "rides", des films vertigineux. Le premier que produit de nWave est un film de quatre minutes "Devil’s mine", la mine du diable, qui va tourner pendant dix-sept ans dans les parcs d’attractions du monde entier, sera vu par des millions de gens et rapportera beaucoup d’argent.

 

Quinze ans plus tard, après la réalisation de près de cent-vingt films vus dans les foires, les parcs d’attraction, les musées, les zoos, nWave, cette micro-société basée à Forêt se fait petit-à-petit leader mondial de la production et la distribution du film court à effet spéciaux animé en 3D…

 

Il restait un pas à franchir à Ben Stassen, celui de la réalisation de longs métrages de fiction en images de synthèse, qu’il franchit en 2008, grâce au pactole de ses films de foire, avec "Fly me to the moon", "Envole moi pour la lune", un des dix premiers films d’animation réalisés avec ce procédé et qui fait un carton,  premier film d’une série de huit, dont Samy, la petite tortue, le plus gros succès de nWave, avec plus de cent millions de dollars d’entrées, et dont l’idée lui a été soufflée par son fils Sam lors de vacances familiales.

 

On peut parler d’exploit, et ce d’autant plus que nWave est resté une société totalement indépendante. Les propositions d’achat n’ont pas manqué, mais Ben, le petit parmi les grands, "the little big one" les a toutes refusées, ne tolérant que des alliances temporaires et non-contraignantes, gagnant-gagnant : Ben veut rester maître de ses contenus, ne parle avec d’autres que d’égal à égal et a conservé les droits de tous ses films, une attitude plutôt rare qu’il a réussi à maintenir depuis vingt-cinq ans. Gageons qu’avec son prochain film "The Queen’s  Corgies", "Les Corgy de la Reine", qui met en scène la Reine d’Angleterre et ses chiens, avec notamment un Donald Trump plus vrai que nature, l’aventure continuera et volera encore plus loin, et pourquoi pas jusqu’à la lune ?

 

TOUT LE BAZ’ART de Ben Stassen

ARTE, dimanche 7 octobre 2018, 17h35

LA UNE, jeudi 11 octobre 2018, 23h35