Barbara Abel, derrière la haine

Elle se pincerait mille fois pour être bien sûre qu’elle ne dort pas debout, mais si, c’est vrai !  Le contrat est bel et bien signé. Le roman de Barbara Abel, "Derrière la haine" va être adapté une deuxième fois au cinéma, mais à Hollywood cette fois, avec dans les rôles titres Jessica Chastain et Anne Hathaway, toutes deux éminemment bankables, comme on dit là-bas.

Le réalisateur d’origine carolo Olivier Masset-Depasse avait signé en 2019 "Duelles", une première adaptation du roman avec les actrices, très belgo-belges et brillantes, mais plus raisonnablement monnayables, Anne Coesens et Veerle Baetens. De festivals en festivals, le film fût remarqué et Jessica Chastain, de passage à Toronto, fit le reste en proposant au réalisateur de la mettre en scène dans un remake de "Duelles" à filmer aux States. Les studios américains, très formatés, sont désespérément à l’affût de bonnes histoires,  originales et surprenantes, pour en faire des films à leur manière, et "Derrière la haine", une histoire d’amitié entre deux femmes qui se mue petit-à-petit en haine implacable leur a tapé dans l’œil.

"Derrière la haine", paru en 2012, qui reçoit en 2015 le Prix des Lycéens, plébiscité par plus de 3000 élèves de cinquième et sixième secondaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est pour Barbara Abel le livre de la résurrection. Comme elle le dit elle-même "J’étais alors à deux doigts de la débâcle et de la disparition totale des radars" avec ses romans qu’elle publiait régulièrement, tous les dix-huit mois, mais qui se vendaient de moins en moins, et avec des éditeurs de plus en plus lointains et sceptiques.

Elle avait pourtant démarré en fanfare avec son premier livre "L’instinct maternel" qui reçoit le prix Cognac en 2002 et rencontre un large public, passionné par cette histoire de femme enceinte kidnappée par une autre qui veut lui prendre son enfant. L’idée lui en est venue alors qu’enceinte elle-même de son premier enfant, elle s’angoissait de tout. Elle a voulu exorciser ses propres peurs en imaginant le pire et en le couchant sur le papier.  Elle posait ainsi les jalons de son univers, enraciné dans le quotidien, et le plus souvent dans un milieu familial, avec des personnages simples, comme vous et moi, mais qu’elle s’ingénie à placer dans des situations inextricables. De rebondissements en rebondissements, le piège se referme sur eux, implacable. Barbara Abel ne leur laisse aucune chance, et encore moins à son lecteur, ferré par le hameçon d’un insoutenable suspense. Polars sans policiers ? Thrillers psychologiques ? Romans de l’outre-noir ? Peu importe, l’écriture de Barbara Abel qui va bientôt publier son treizième opus est diablement efficace.

Et qui dirait, à voir cette femme élancée, la cinquantaine fringante, tenue casual-chic ni trop ni trop peu, les yeux pétillants, le sourire enjôleur, dédicacer ses piles de livres à des lecteurs ravis, qu’elle a conclu un pacte avec Satan, cet entêtant Belzébuth qui sommeille en chacun de nous ?

 

TOUT LE BAZ’ART de Barbara Abel

LA UNE, jeudi 9 janvier 2020, 23h20