Antoine Pierre, jazz toute !

TOUT LE BAZ’ART d’Antoine Pierre
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TOUT LE BAZ’ART d’Antoine Pierre - © TOUT LE BAZ’ART

Depuis quelques années, la scène jazz belge bouillonne, en pleine effervescence : de nouveaux lieux s’ouvrent, des festivals se tiennent un peu partout, les labels se multiplient, une nouvelle génération de jeunes musiciens, souvent issus des conservatoires et des écoles de jazz, apparaît, s’épanouit, voire explose… Et elle trouve son public, de plus en plus jeune et de plus en plus enthousiaste. En témoigne le mini-festival organisé à l’AB à Bruxelles en décembre dernier, au titre clairement évocateur : "The new wave of Belgian jazz !" avec son point d’exclamation, comme le label américain historique Impulse ! On a pu y écouter la fine fleur des derniers groupes, bands et orchestres qui viennent d’émerger dans tout le pays. Des combos à géométrie variable et ouverts à tous les vents, car la caractéristique de cette floraison, c’est de se laisser traverser par des influences très éclectiques : rock, ethno, électro, ambient, jusqu’au hip-hop ; et de s’échanger les musiciens, qui jouent souvent pour plusieurs formations. Mais cette diversité n’empêche pas une esthétique, une grammaire musicale commune. Au contraire, s’en dégage à l’écoute une couleur très jazzy, et osons le dire, un groove très belgo-belge.

Antoine Pierre en connaît un rayon ou plutôt une caisse claire une cymbale un charleston  sur le groove et les rythmes ternaires et  impairs. A vingt-cinq ans à peine, le batteur liégeois est un des plus brillant représentant de ces néos-jazzmen qui déchirent. Il enregistre et tourne avec l’immense guitariste Philip Catherine depuis sept ans ; Tom Barman le chanteur flamand du groupe DeuS l’a pris à ses côtés pour son nouveau projet punk-jazz "TaxiWars" ; il joue dans l’orchestre "LG jazz Collective" du guitariste Guillaume Vierset ; et son groupe "Urbex" vient de sortir son deuxième album "Sketches of Nowhere" avec ses propres compositions.

Antoine Pierre qui a appris la musique en jouant du saxo depuis ses six ans, sait aussi que la Belgique et le jazz, c’est une vieille histoire et qu’elle pourrait remonter au milieu du XIXème siècle avec l’invention du saxophone par le dinantais Adolphe Sax. Sax qui destinait son instrument aux fanfares militaires n’aurait jamais imaginé que son génial tube recourbé à anche et clefs prévues pour jouer en marchant soit devenu, quelques années après sa mort, par la grâce de cette forme sensuelle et maniable et de ce timbre souple et velouté, l’instrument-phare des musiciens noirs américains qui inventaient à l’aube du XXème siècle une musique inouïe, d’une totale liberté, le jazz, issu de la fécondation étrange des rigides chants religieux chrétiens notés sur partition avec la musique de l’Afrique de l’Ouest que des générations d’esclaves tentaient de ne pas oublier, en la jouant  entre eux, de murmures en transe et de bouche à oreille.

Mais à douze ans, Antoine envoie promener le saxophone et le jazz. A ses parents médusés, son père musicien, guitariste, jazzman et sa mère peintre et grande mélomane, il réclame une batterie, pour assouvir son envie de gestes et plutôt que de notes, lui qui fût enfant un as du yo-yo et du diabolo. Il s’y met avec acharnement. Sa période hard-rock et métal ne dure pas longtemps. La discothèque et la persuasion maternelle vont rapidement le faire revenir au jazz. Elle lui fait écouter notamment le pianiste Keith Jarrett, le contrebassiste Eberhard Weber ou le saxophoniste Jan Garbarek, mais celui qu’il préfère, c’est le guitariste Pat Metheny dont il fait tourner les disques en boucle dans sa chambre quand il ne s’enferme pas à la cave pour taper sur ses toms.

A quatorze ans, il monte pour la première fois sur scène un dimanche avec son père, dans un petit club de jazz, sur les hauteurs de Liège, une ancienne pharmacie tenue à l’époque par le célèbre saxophoniste de be-bop, ami de Chet Baker, Jacques Pelzer. Et dès qu’il migre à Bruxelles, où il s’inscrit au Conservatoire, dans la classe de Stéphane Galland, le batteur du groupe Aka Moon, son téléphone n’arrête pas de sonner. On l’engage pour jouer dans tous les bons clubs et bars de la capitale. Grâce à une bourse, il passe un an à New-York à la New School for jazz and contemporary music. Il a vingt ans quand Philip Catherine le remarque alors qu’il joue le poignet bandé. Séduit entre autres par son subtil jeu de balais, le guitariste l’engage immédiatement et lui fait enregistrer à ses côtés ce qui sera son premier disque "Côté jardin". Depuis Antoine multiplie les concerts et les enregistrements pour des projets avec lesquels il voyage dans le monde entier. Avec lui, toute en swing et en syncopes, la nouvelle vague du jazz belge n’a pas fini de déferler.

 

TOUT LE BAZ’ART d’Antoine Pierre

ARTE, dimanche 13 mai, 17h35

LA UNE, jeudi 31 mai, 23h55