An Pierlé, des autos-tamponneuses à l'orgue d'église

Tout le Baz'Art d'An Pierlé
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Tout le Baz'Art d'An Pierlé - © Tout le Baz'Art

An Pierlé vient d'avoir vingt ans, elle enregistre une reprise de Gary Numan " Are friends electric? " pour le Humo's rock tour. Le titre se taille un petit succès sur les ondes en Flandre, mais surtout le chanteur anglais l'inclut dans une compil de ses reprises, ce qui propulse d'emblée la petite anversoise sur le marché de la pop internationale. Nous sommes en 1996, mais la chanteuse en herbe attendra deux ans et une rencontre décisive pour enregistrer son premier album.

Cette année-là, elle qui a étudié la comédie au Studio Harman Terlinckx d'Anvers est engagée par Alain Platel et Arne Sierens pour jouer dans leur spectacle " Bernadetje ". Le plateau : un carrousel d'autos-tamponneuses, An Pierlé y joue, chante et danse. Les autos-tamponneuses, c'est à la fois la rue, la ville et une discothèque, " the place to be " pour les jeunes du coin dont la pièce raconte l'histoire. " Bernadetje " , la première grande réussite du chorégraphe flamand Alain Platel tournera deux ans dans toute l'Europe. Parmi cette joyeuse troupe An Pierlé rencontre celui qui deviendra son compagnon et producteur : le guitariste Koen Gisen. Elle s'installe avec lui à Gand. A eux deux, dans leur moments perdus, comme pour jouer, ils vont composer sur un mini-synthé de pacotille les titres de ce qui deviendra le premier album d'An Pierlé " Mud stories ". Une voix, puissante et délicate; des textes en anglais teinté d'une réelle poésie et la touche de Koen Gisen : des arrangements et un son qui créent une atmosphère onirique et prenante, soulignée par le piano qu'An joue elle-même. Sur scène, à sa première apparition, elle fait sensation : face à son piano précisément, elle s'assied sur une balle ergonomique remplie d'air et ses prestations font penser à un combat entre elle, sa voix et l'instrument, qui fait de chaque chanson un ballet épique et fascinant. Le public ne s'y trompe pas. Le succès est là et ne s'est pas démenti depuis 18 ans.

Mais An Pierlé n'est pas du genre à s'endormir surs ses lauriers : ce qui frappe dans sa carrière, c'est sa capacité à se renouveler, à explorer de nouveaux territoires, à se lancer de nouveaux défis : dans ses reprises très éclectiques, de Talk talk à Jacques Dutronc en passant par Robert Wyatt, elle ré-invente quasi les chansons, comme " Paris s'éveille ", dont sa version très physique a fait un malheur en France; elle compose pour le cinéma la superbe chanson " Eldorado " pour le film du même nom de Bouli Lanners; elle reçoit un Magritte pour sa musique originale du " Tout nouveau testament " de Jaco Vandormael; elle enregistre son dernier disque " Arches " qui sort ces jours-ci, dans une église, accompagnée à l'orgue...

Elle chante en anglais, en français et très peu en flamand, car elle n'aime la façon dont les chanteurs flamands prononcent les " r ". Mais pour les poètes, elle a fait une exception : elle chante " Kijk maar in de zon vannacht, Er is zoveel te doen vannacht " de Peter Verhelst comme une jolie comptine pour enfant : " Regarde dans le soleil cette nuit, il y a tant à faire cette nuit " en prononçant les " r " à l'anglaise...

Dans son Tout le Baz'art, An Pierlé fait découvrir à Hadja Lahbib une ville de Gand insolite et intriguante, apprivoisant l'orgue dans le jubé de l'Eglise St-Jacob, admirant les dernières oeuvres de son amie plasticienne Sophie Muller dans son atelier-cabinet de curiosités, découvrant au Musée des beaux-arts l'expo de la peintre d'avant-garde tombée dans l'oubli Marthe Donas,  et se laissant déguiser et portraiturer dans la réserve de costumes du théâtre de Gand pour un shooting d'enfer avec la photographe Kaat Pype.

 

TOUT LE BAZ'ART de An Pierlé

ARTE : Dimanche  24 avril, 17h00

LA TROIS : Jeudi 28 avril, 22h51