Vers un prix unique du livre aussi côté francophone ?

Alain Beerenboom et Geneviève Damas, quand deux Prix Rossel discutent de l'avenir du livre..
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Alain Beerenboom et Geneviève Damas, quand deux Prix Rossel discutent de l'avenir du livre.. - © RTBF Thierry Bellefroid

Ce mercredi après-midi, la Société Civile des Auteurs Multimedia, la SCAM, avait invité tous les représentants du secteur du livre à se réunir aux Ateliers des Tanneurs, à Bruxelles. Au centre de cette rencontre, une question : Le livre, où en est-on ? L’occasion d’en savoir plus sur les intentions de la nouvelle Ministre de la Culture, Alda Greoli.

Introduite par la romancière, comédienne et dramaturge Geneviève Damas, l’après-midi de réflexion et de débats a permis à plusieurs acteurs du monde du livre de donner un éclairage très concret sur leur travail. Se sont ainsi succédé sur la scène une éditrice, Anne Leloup (éditions Esperluète), un représentant des Etats-Généraux de la Bande Dessinée, Benoît Peeters, l’avocat spécialisé dans le droit d’auteur (également écrivain) Alain Berenboom, ou encore le Directeur Général de la SCAM France, venu parler des 12 propositions européennes des auteurs de l’écrit.

Au passage, on aura appris que la frange de non-lecteurs s’est considérablement accrue ces dernières années, passant de 22% à 38% en un peu plus de trente ans. Que la bande dessinée est une profession comptant de plus en plus de jeunes et de femmes, mais que cela va de pair avec une précarisation accrue des créateurs. Que les droits de reprographie au coeur d’une bataille juridico-légale déclenchée au niveau européen par le géant HP risquent de très bientôt échapper aux auteurs et aux éditeurs. Mais surtout, ce que les représentants des différents métiers du livre attendaient, c’était de connaître les intentions de la nouvelle Ministre de la Culture.

Avait-elle prévu le coup ou sa réponse était-elle spontanée ? Alda Greoli ne s’est en tout cas pas fait piéger par la question de Geneviève Damas : " Madame la Ministre, ce que j’aimerais savoir d’emblée, c’est quel est le dernier livre que vous avez aimé. " Le genre de question qui a déjà déstabilisé plus d’un ministre de la Culture, et pas seulement en Belgique. Pour cet oral surprise, Alda Greoli s’en tire avec une mention, parvenant à parler de son livre préféré sans réciter de leçon, avec des mots simples. Son choix : Le Chef d’oeuvre, de la néerlandaise Anna Enquist, paru en 99 en français, chez Actes Sud. Élégamment, ce choix porté sur un livre étranger fut l’occasion pour la ministre de saluer les traducteurs.

On le sait, la Flandre a annoncé son intention de réglementer le prix du livre durant les six premiers mois suivant sa parution, et cela à partir de 2017. La Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles se devait donc de dire où elle en était dans ce chantier ardemment souhaité par de nombreux acteurs de la chaîne du livre côté francophone. En réponse, Alda Greoli a fait la promesse de déposer un décret sur le prix du livre avant les vacances parlementaires, soit avant le 21 juillet. Elle a annoncé que ce décret serait sensiblement différent de celui adopté par la Flandre, mais qu’elle veillerait à ce que ces différences ne rendent pas fous les libraires bruxellois qui pourraient être confrontés aux deux légalisations.

La question du prix unique du livre, réglée depuis longtemps en France, est un sujet de préoccupation chez nous, où un tissu de librairies très dense existe encore, malgré la menace de plus en plus grande que représentent la grande distribution d’une part, la vente en ligne de l’autre. Soutenir la librairie, c’est-à-dire la diversité, le conseil, la véritable prescription, c’est sans doute le meilleur moyen de soutenir la lecture et la culture, deux instruments dont tout le monde s’accorde à dire qu’ils représentent l’un des remèdes au repli identitaire.