Quand la BD parle de la création : Daho, l'homme qui chante, chez Delcourt

Daho, l'homme qui chante
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Daho, l'homme qui chante - © DR

Ayant lu plusieurs biographies de chanteurs, notamment l’excellent Bashung(s) Une vie paru juste après la mort d’Alain Bashung, je me demandais ce qu’une bande dessinée pouvait apporter de plus sur le processus créatif musical. Grâce à David Chauvel et Alfred, j’ai trouvé la réponse : tout !

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, Daho, l’homme qui chante n’est pas une biographie du roi de la pop française. Peut-être est-ce le seul petit reproche que je ferais à ce livre majeur : on pourrait passer à côté à cause de la modestie de son titre. Il s’agit bien d’entrer dans la tête de Daho, de l’accompagner dans son univers créatif tout au long des trois années qui ont été nécessaires à la préparation, la réalisation, la promotion et la tournée de son dernier album. Appréciant son travail depuis les années 80 sans pour autant l’écouter régulièrement, je ne me suis pas précipité sur ce livre avec une soif de fan. Mais très vite, il m’a happé. Au point que je n’ai pu le reposer qu’après avoir lu les derniers mots de remerciements, sur la page de bibliographie des auteurs. J’en voulais encore !

Ce qui est magique, c’est d’entrer dans la fabrique musicale, d’ouvrir toutes les portes

La magie d’un livre tient bien entendu au talent de ses auteurs. De ce côté-là, ni Chauvel ni Alfred ne sont des débutants. Et même si le premier nous a habitués à des histoires souvent sombres et volontiers violentes bien différentes de l’univers de Daho, le second n’a cessé, ces dix dernières années, de flirter avec la grâce. Qu’on pense à Come Prima, Je mourrai pas gibier ou Pourquoi j’ai tué Pierre, Alfred a montré l’étendue de son talent de metteur en scène et de dessinateur. Le casting est donc un brin surprenant pour "attaquer Daho", mais il est prometteur. Pourtant, pour réussir un livre, il ne faut pas que du talent. Il faut aussi, il faut surtout, de la sincérité. Et c’est ce qui ressort de la démarche de ces deux auteurs. Sincérité, générosité. Chauvel et Alfred ne se sont pas contentés de suivre de loin le chanteur pop. Ils se sont approprié sa voix, en faisant d’elle la bande-son de leur livre. Daho n’y chante pas, il y parle. Il confie ses doutes, il explique sa démarche. Chacun à sa manière, l’un par les crayons de couleur, l’autre par la justesse de son écriture, les deux auteurs de bande dessinée sont entrés en totale osmose avec leur sujet.

Pour feuilleter le livre

Aucun documentaire ne pourrait parvenir à un tel niveau d’intimité avec la création. Pourquoi ? La réponse est simple : parce que ce ne sont ni des journalistes ni des réalisateurs ou des cameramen qui suivent ici Daho durant trois ans, ce sont des artistes. Et qui mieux qu’un créateur peut disséquer l’acte de création ? Lui donner une forme, une couleur, qui passe tant par le dessin et sa mise en scène que par les voix qui racontent.

On peut lire ce livre sans aimer voire sans connaître Etienne Daho. Personnellement, je n’ai entendu qu’une ou deux chansons de ce dernier album, de loin, très distraitement. Ce qui est magique, c’est d’entrer dans la fabrique musicale, d’ouvrir toutes les portes. Jusqu’ici, personne n’était parvenu à me faire entrer si loin.

Daho, l'homme qui chante - David Chauvel, Alfred - Editions Delcourt

Livr(é)s à domicile ce lundi 16 novembre

C’est chez le lecteur Christophe Corthouts que Thierry Bellefroid, la chroniqueuse Myriam Leroy et l’écrivain belge Stanislas Cotton s’invitent cette semaine. Ce dernier vient de faire paraître chez Luce Wilquin " Un fou dans la manche ", un quatrième roman au langage cru et à l’humour cynique. Tous se pencheront ensuite sur le livre d’Anthony Breznican, " Brutes " (éditions Denoël). Un roman d’apprentissage inversé, où mal tourner devient le meilleur moyen de s’en sortir... Sur La Deux à 22h45.

" Un fou dans la manche " est le deuxième roman de Stanislas Cotton mettant en scène le commissaire Santino Cuffaro, après " Rosalinde Miller " (Luce Wilquin, 2014).

Cette fois le lecteur est projeté dans un village sicilien au bord de l’Etna. Là où le commissaire a décidé de passer quelques vacances avec sa compagne. L’auteur nous dépeint une galerie de personnages hauts en couleurs, de l’aubergiste au pharmacien en passant par le curé obsédé par les seins de sa femme de ménage. Très vite les esprits vont s’échauffer et les sens s’éveiller au fur et à mesure des découvertes macabres qui s’enchaînent à un rythme inquiétant...

Quant à la Figure imposée, elle amènera le débat sur le roman trash d’Anthony Breznican, "Brutes ", publié aux éditions Denoël. Un roman qui nous plonge dans une guérilla sans merci au sein d’un lycée catholique de Pennsylvanie. Un repère à délinquants où les profs ont depuis longtemps baissé les bras et où les plus forts se livrent à des bizutages sans pitié sur les nouveaux venus.