Lastman... Et si le meilleur manga du moment était français ?

Lastman 8
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Lastman 8 - © DR

En huit albums, le trio Balak-Sanlaville-Vivès s’est imposé avec une bande dessinée d’un nouveau format, qui ressemble à s’y méprendre à un manga. Forte pagination en noir et blanc, parution à un rythme élevé, dimensions proches de celles de la BD japonaise, livres souples, culture pop, baston, éléments fantastique, personnages archétypaux : tout y est.

 

Emmené par Bastien Vivès que l’on considère depuis une dizaine d’années comme LA révélation de la jeune génération française et dont l’aura a sans doute pesé pour convaincre l’éditeur, ce trio d’auteurs a réussi à imposer un pulp d’un genre nouveau. Basé au départ sur des arguments d’une simplicité désarmante, Lastman se déroule dans un monde séparé du reste de l’univers, La Vallée des Rois. Fermé sur lui-même, il est construit sur des règles féodales et le combat y est élevé au rang d’art. Un jeune garçon et sa mère croisent la route d’un lutteur exceptionnel, Richard Aldana, qui va changer leur vie et sceller leur destin. Voilà pour les tout débuts. Mais ça, c’était... Il y a 1600 pages ! Nous en sommes désormais au huitième tome, et le deuxième cycle qui a démarré en juin 2015 est situé dix ans après la fin du premier. En janvier 2016, il est déjà fort de quatre cents pages ! Il n’est pas forcément important de les résumer pour comprendre ce qui fait l’attrait de Lastman et son succès.

 

Marqués par le jeu vidéo et par la culture manga, Balak, Sanlaville et Vivès ont su d’emblée poser les bases d’un monde nouveau, tant graphiquement que narrativement, en une sorte d’hommage appuyé au manga. Lastman, c’est d’abord une débauche de mouvement. Ça va vite, très vite, on ne souffle jamais ou presque. Le lecteur est tenu en haleine, mais il est aussi grisé par une certaine vitesse qui lui rappelle le montage des séries qu’il regarde aujourd’hui ou les jeux qu’il joue. Le découpage, très japonais, accentue tant qu’il le peut cette impression de vitesse et joue sur des accélérations spectaculaires, basculant souvent les contours de cases pour en faire non pas des carrés ou des rectangles mais des trapèzes. L’alternance des valeurs de plans crée elle aussi du mouvement, mais elle reste avant toute chose centrée sur les visages des protagonistes, très stéréotypés - jusqu’à la caricature pour certains d’entre eux. Les décors sont le plus souvent sommaires, sauf lorsqu’ils deviennent à leur tour une sorte de personnage supplémentaire, distillant eux-mêmes l’angoisse ou la fascination. Bref, tout cela participe d’une grammaire réinventée de la bande dessinée franco-belge. Elle n’a pas laissé de marbre les organisateurs du prochain Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême qui s’ouvre fin de ce mois. Après avoir reçu le prix de la série en janvier dernier, Lastman y a cette fois les honneurs d’une exposition.

 

Au-delà des côtés formels, Lastman est une série de mecs pour les mecs. Tous les personnages féminins ont des pare-chocs invraisemblables et des courbes irréelles. Les guerriers, eux, arborent des musculatures impressionnantes, ça sent la sueur et la testostérone. Pourtant, sans doute en partie parce que l’un des personnages principaux du premier cycle est une mère de famille, mais aussi parce que le langage utilisé par les auteurs est en phase avec la génération du jeu vidéo, Lastman séduit aussi un véritable lectorat féminin. Je connais personnellement plusieurs lectrices qui adorent cette série, elles y sentent très certainement tout le second degré qui se niche au coeur même du propos. Elles ne s’arrêtent en tout cas nullement à ses atours apparemment machos. Il faut reconnaître qu’à la différence de la plupart des mangas, l’une des grandes forces de Lastman est d’ajouter l’humour à l’action, à la baston et à la quête. Un humour que ce deuxième cycle a tendance à mettre davantage en avant. On aurait tort de s’en plaindre. Car il gomme tout ce qui pourrait paraître vulgaire dans la série, comme ces personnages de prostituées stellaires qui "égaient" les deux derniers tomes.

 

Cerise sur le gâteau, chaque album s’achève en coulisses, dans l’atelier des auteurs, non pas pour un making of traditionnel, mais pour une série de gags improbables ou les trois garçons se moquent merveilleusement d’eux-mêmes. Et en guise d’ultime clin d’oeil, juste après, il y a toujours des autocollants de personnages à découper, façon figurines Panini.

 

Lastman #8, par Balak, Sanlaville & Vivès. Casterman.

Le 18/01/16 : Livr(é)s à domicile : Best of 2 : Histoires d'arbres

En 2011, Didier Van Cauwelaert était l’invité de Bernard Drion pour parler de son livre " Le journal intime d’un arbre " publié chez Lafon. En 2012, Frank Andriat s’est rendu chez Françoise Rigaux pour converser avec elle de " L’arbre à frites " (Ed. Renaissance du livre). La même année, Geneviève Damas rencontrait le lecteur Alain Heselwood pour évoquer ensemble son roman " Si tu passes la rivière " (Ed. Luce Wilquin). Trois moments choisis sur la survie, l'extravagance de notre pays et le pouvoir des mots, à vivre sur La Deux à 22h45.

 

Didier Van Cauwelaert écrit depuis l'enfance. Il a publié son premier roman avant ses vingt ans. Ce prodige de l'écriture a reçu le prix Goncourt pour Un Aller Simple et plusieurs de ses romans ont été ou sont sur le point d'être adaptés au cinéma. Il poursuit une oeuvre teintée de fausse légèreté et de curiosité pour les phénomènes inexpliqués. Il a vendu cinq millions de livres.

" Le Journal intime d'un arbre " commence au moment où il devrait s'arrêter. Tristan, c'est ainsi qu'on l'a baptisé, est un vieux poirier de plus de 300 ans. Au début du livre, il s'écrase dans le jardin du docteur Lannes, sentant sa fin approcher. Il va raconter ce qu'il a vu pendant trois cents ans mais aussi vivre de nouvelles aventures par-delà sa première mort.

Frank Andriat enseigne et il adore ça ! Depuis des années, ce professeur enthousiaste qui n'hésite pas à entraîner ses élèves dans des ateliers d'écriture s'est imposé comme l'une des principales signatures de la littérature jeunesse en Belgique. Pourtant, il quitte sans regret ce type de roman le temps d'une fiction bien belge, " L'arbre à frites ", qu'il a peaufinée pendant cinq ans. Quatre générations qui se mêlent entre Schaerbeek et Scarabée, son équivalent africain. Truculent !

Emporter le prix Rossel pour son premier roman, ce n'est pas banal. C'est pourtant ce qui est arrivé à Geneviève Damas. Pour autant, elle n'est pas novice en matière d'écriture. Avant de se frotter à la littérature, elle s'est illustrée dans le théâtre, ce qui explique sans doute une écriture très vivante et volontiers empathique, au centre de laquelle on trouve toujours la thématique de la résilience. Dans " Si tu passes la rivière ", Geneviève Damas raconte la rédemption d'un jeune analphabète par les mots.