La présidente du jury du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême est belge. Portrait.

Dominique Goblet. Un nom qui n’est peut-être pas très connu du grand public. Mais qui inspire le respect dans la profession. Pionnière de l’autobiographie en bande dessinée, artiste au registre pictural toujours en questionnement, c’est elle qui va présider le jury de cette édition du festival d’Angoulême. Un peu comme si Cannes se choisissait une présidente dans le petit monde du cinéma belge !

Dominique Goblet fait partie depuis ses tout débuts d’un collectif d’auteurs qui a voulu remettre en question le modèle traditionnel de la bande dessinée belge dans la première moitié des années 90. Tournant le dos à la BD "de papa", elle faisait du roman graphique, bien avant que le terme soit à la mode. En puisant dans son matériau de vie, parfois jusqu’à s’écorcher ou se disséquer à vif, Dominique Goblet a montré qu’on pouvait faire entrer les thématiques les plus adultes dans la bande dessinée. Parfois muette, sa narration est avant tout un savant mélange entre forme et fond : au gré des besoins de ses récits, Dominique Goblet sait en effet changer ses outils et passer de la peinture au stylo à bille ou du crayon au Stabilo fluo. Il faut lire son "Faire semblant, c’est mentir" paru à L’Association en 2007. On y découvre jusqu’où peut mener une autobiographie inventive et profondément artistique.

Toujours en recherche d’expériences, Dominique Goblet a par exemple publié "Chronographie" (avec Nikita Fossoul, L’Association, 2010), un livre de dessins croisés mère-fille exécutés chaque quinzaine pendant dix ans. On a rarement mieux cerné les notions d’apprentissage de l’art et du temps qui passe : l’une apprenant à dessiner en représentant à chaque fois sa mère, l’autre constatant par le dessin les changements physiques chez sa fille.

Depuis plusieurs années, Dominique Goblet s’est également investie dans une réinvention du langage au travers d’un travail à quatre mains avec Dominique Théâtre, de La "S" Grand Atelier, un projet mené par le Frémok à Vielsalm avec des déficients mentaux. Ce travail de co-création débouche sur la publication d’un nouveau livre à Angoulême, publié par les éditions Frémok, L’Amour dominical.