Kotchok, Sur la route, avec les migrants - une leçon de journalisme

Kotchok, Sur la route, avec les migrants. Par Claire Billet et Olivier Jobard.
Kotchok, Sur la route, avec les migrants. Par Claire Billet et Olivier Jobard. - © Robert Laffont.

Tout ce que vous pensiez savoir sur les migrants, eux l’ont observé de près. Partis d’Afghanistan pour un voyage de 12.000 kilomètres en compagnie de cinq jeunes gens, Claire Billet, une journaliste et Olivier Jobard, un photographe, des auteurs qui n’ont pas froid aux yeux, publient un livre-vérité peu courant.

 

Kotchok, dans leur langue, c’est le chemin clandestin. Celui qu’on prend parce qu’on n’a pas le choix. Autour duquel on tourne longtemps. Le temps de réunir l’argent pour payer le passeur. Le temps de rêver, aussi, à ce qu’on croit être le paradis, là-bas, dans la lointaine Europe. Au gré de leurs conversations avant le départ, Khyber, Fawad, Rohani et Jawid évoquent par exemple ce qu’ils savent de Paris. Pour eux, c’est une ville pleine de beaux immeubles, très propre, emplie de fleurs et de jardins. "Il paraît que les hélicoptères diffusent du parfum tous les matins au-dessus de la ville" dit Jawid. La fin du livre montrera à quel point leurs illusions viendront se fracasser sur le mur de la réalité, celle que les journaux télévisés nous montrent depuis des semaines... Et que beaucoup n’ont pas voulu voir pendant des années.

 

Le Pour

La tradition du journalisme littéraire n’est pas neuve, loin de là. Mais elle a repris des couleurs ces dernières années, notamment avec l’uniformisation des médias traditionnels. En témoigne par exemple le succès d’une revue comme XXI. Ici, on dépasse le type d’enquête que l’on trouve dans XXI ou dans d’autres "mook" (ces revues-livres plus ou moins luxueuses qui se sont multipliées ces dernières années). Kotchok est un véritable livre, il en a la pagination et l’ambition. C’est dire si l’on va plus loin, bien plus loin, que dans tous les articles - même extrêmement documentés - sur la question. Il faut dire que les auteurs ont pris (presque) tous les risques. A deux ou trois reprises, leur route et celle des migrants se sont séparées pour quelques heures, le danger étant vraiment trop grand. Mais même la traversée sur un frêle esquif entre Turquie et Sicile, Claire Billet et Olivier Jobard l’ont faite aux côtés des cinq Afghans qu’ils ont suivi durant 132 jours. Ce n’est plus du journalisme, c’est une leçon de journalisme, même si l’immersion n’est en soi qu’une partie du mérite de ce livre. L’autre étant de vouloir expliquer, de chercher les causes, de prendre le temps d’identifier les raisons.

 

Le Contre.

La présentation des textes et des photos est très soignée et le graphiste qui a "maquetté" cet ouvrage a voulu le rendre réellement attractif. Toutefois, il a peut-être un peu trop bien fait son travail ! Par moments, le livre est trop beau pour la réalité dont il rend compte. Les textes, très vivants, peuvent quant à eux se lire d’une traite ou par petites touches.

 

L’avis final.

Avec ses pages entières de conversations dialoguées disséminées au gré des chapitres, mais aussi à travers ses très nombreuses photos prises sur le vif - et non volées en quelques heures (quand ce n’est pas en quelques minutes) par des reporters d’agences pressés -, Kotchok fait le tour du sujet, montre bien la vénalité des passeurs et leur absence de scrupules face à la candeur de candidats au départ prêts à tout pour partir. Le livre suscite l’identification, puisqu’on suit les mêmes personnes d’un bout à l’autre. Qui plus est, il n’élude pas la fin du périple, la dure réalité des pays de destination. Un ouvrage qui ouvre les yeux, donc, abordant notamment la question de la présence américaine en Afghanistan sans verser ni dans l’angélisme ni dans la diabolisation. En cette période où la question des migrants occupe le devant de l’actualité, je recommande chaudement Kotchok aux enseignants. Il peut être l’outil idéal pour aborder le sujet en classe, en dépassant les clichés.

 

 

Ce mercredi 30 septembre, la RTBF mobilise l’ensemble de ses médias, radio, télévision et web pour vous aider à mieux comprendre la crise humanitaire qui touche aujourd’hui l’Europe et la Belgique.