HSE : Quand la BD éclaire le monde

Human Stock Exchange 2
Human Stock Exchange 2 - © Dargaud

En mettant un terme à leur trilogie d’anticipation financière, Xavier Dorison et Thomas Allart démontrent par l’absurde où nous entraînent la spéculation et la cupidité. HSE, pour Human Stock Exchange, c’est d’abord une idée forte : Et si demain, l’être humain était coté en bourse ?  

Entré dans la BD il y a près de vingt ans et immédiatement repéré pour la qualité de son travail de scénariste (Le Troisième Testament, avec Alex Alice, chez Glénat), Xavier Dorison était pourtant promis au départ à une carrière dans l’économie. Après une école de commerce et un premier boulot dans la finance, puis un second chez Nestlé, il allait passer trois années chez Barclays. Et apprendre de l’intérieur ce qui fait courir le monde : la course au profit. Autant dire qu’il connaît ce dont il parle. Pour autant, d’autres que lui n’auraient sans doute pas si bien réussi à le traduire dans la fiction.

Dans un futur pas si lointain partagé entre une masse de pauvres de plus en plus grande et une élite de riches dont les privilèges n’ont pas de limite, un petit vendeur de voitures rêve de ne plus devoir tirer le diable par la queue. Cet homme, Félix Fox, ne voit qu’une manière d’augmenter son train de vie, mais aussi de payer le traitement médical onéreux de sa petite amie : s’introduire en bourse, au Human Stock Exchange. Comme dans toute cotation, il lui faudra répondre de sa "gestion" devant l’assemblée des actionnaires. Mais pour lui, c’est un moindre mal eu égard au confort matériel immédiat qui en découlera. En posant les bases de cette histoire, Xavier Dorison remet les mécanismes boursiers à hauteur d’homme. On suit l’irrémédiable ascension d’un homme ordinaire, la folie mégalomaniaque qui le coupe très vite des réalités de sa classe sociale d’origine et lui fait perdre tous ses amis. On se doute que le revers de la médaille sera terrible. Et peu à peu, dès le second livre, ce qui sera au coeur du troisième et dernier volet apparaît comme une évidence : la liberté ne s’achète pas, ne se négocie pas.

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Avec cette cinglante réflexion sur le monde de la finance et son absolu cynisme, Dorison parvient à faire le grand écart parfait entre le thriller grand public et le manuel de compréhension du monde. Félix, emprisonné dans son obligation de rentabilité, obsédé par sa cotation qui s’affiche en permanence sur sa rate watch, c’est nous qui sommes enchaînés à nos besoins matériels, c’est la métaphore d’un monde qui a érigé la richesse financière en sommet de la réussite personnelle. Lorsque l’on termine la lecture de ces trois livres, on pose un regard plus éclairé sur les dérives du néolibéralisme. Car la fable imaginée ici pourrait bien un jour devenir réalité. Depuis que ce n’est plus le travail qui construit le profit mais l’argent qui crée l’argent, l’économie n’a plus de limites et repose sur une vertigineuse vacuité. Dans certains pays, un enseignement universitaire de qualité n’est accessible que si vous provenez de l’élite ou si vous vous endettez auprès des banques pour la moitié de votre vie. Alors, pourquoi ne pas penser qu’un jour, une telle bourse puisse exister ? Elle capitaliserait sur le potentiel et le dynamisme de jeunes gens ambitieux, intelligents et travailleurs qui seraient prêts à se soumettre à des examens médicaux permanents, à renoncer à leur fiancée du moment parce que leurs actionnaires la trouveraient trop peu valorisante ou à accepter que tous leurs faits et gestes soient publics. L’histoire de Félix Fox donne froid dans le dos. Parce qu’elle exacerbe le matérialisme dans lequel nous nous sommes enfermés. Parce qu’elle met le doigt sur une réalité que l’on veut trop souvent ignorer : l’argent est devenu l’unique valeur !

Derrière des couvertures efficaces et très graphiques (où la phrase d’accroche : " Demain, l’être humain sera coté en bourse " est plus visible que le dessin lui-même), c’est un traitement efficace qui attend le lecteur. Si les écrans sont omniprésents, la description par les décors du monde de demain intéresse moins le dessinateur, Thomas Allart, que les visages des différents protagonistes. Il les suit de près, traque leurs expressions, oscille sans cesse entre scènes de présentation dans des vignettes de plus grand format et d’autres scènes où la "caméra" est au plus près du jeu des acteurs. Cette mise en scène n’exclut pas quelques pleines pages muettes qui donnent du souffle à l’ensemble et une double page au milieu de ce troisième tome qui installe un véritable climax.

Un futur classique !  

Human Stock Exchange tome 2, Xavier Dorison et Thomas Allart, Dargaud

Le 02/05/16 : Livr(é)s à domicile reçoit Sylvie Godefroid

Sylvie Godefroid, auteur de " La balade des pavés ", s’est rendue chez une lectrice assidue, Ariane Herman, qui l’accueille chez elle. C’est avec émotion qu’elles abordent le sujet du roman, la balade d’une femme, atteinte du cancer, dans les coulisses de sa vie. Dans la Figure imposée, tous débattront du 2e roman d’Alexandra Lucas Coelho, " Mon amant du dimanche ". Un plan de vengeance contre l'homme qui a trahi ! Sur La Deux à 22h45.

Dans " La balade des pavés " de Sylvie Godefroid, publié aux éditions Genèse, Lola se découvre une boule sous le sein, et n’en dort plus. Tous les instants comptent désormais. Elle profite donc de ses insomnies pour se recentrer sur l’essentiel, avec le désir de rire et de croquer la vie à pleines dents. Elle se balade dans Bruxelles, de rencontre en rencontre, dans une recherche avide de vérité, de sincérité et d'amour.

Sylvie Godefroid est née à Charleroi en 1973. Après des études de communication à Bruxelles, elle est engagée à la SABAM comme assistante de rédaction. Elle évolue ensuite vers la création d’événements et le soutien à la littérature. Sylvie siège à la commission des Lettres (Wallonie-Bruxelles) depuis 2012. Son premier roman, " L’Anagramme des sens " a été adapté au théâtre en 2015.