Disney à la sauce franco (helvético) belge : décoiffant !

Il faut un certain culot pour s’attaquer aux monstres mondiaux de la bande dessinée d’humour que sont Mickey, Donad ou Picsou. Ou alors, une vraie dose de tendresse. Trondheim et Keramidas d’un côté, Cosey de l’autre, viennent de prouver qu’ils avaient les deux. Mais ils ont surtout beaucoup de talent !

C’est en publiant de très belles intégrales que Jacques Glénat a pu mettre un pied dans la porte du géant américain. D’un côté, des livres thématiques et familiaux qui reprennent des récits récents, la plupart du temps non crédités et provenant d’auteurs européens sous licence. De l’autre, de très beaux livres exaltant pour la première fois les grands noms qui ont fait Disney sur papier dès les années vingt, Carl Barks en tête. Une démarche que Disney s’était toujours interdit, le système américain mettant l’univers en avant et non ses différents créateurs.

À partir de là, l’éditeur de Grenoble a pu discuter avec Disney de la possibilité de faire "du neuf". Et ça a marché. Même si, on s’en doute, il a fallu que les scénarios et les pages dessinées reçoivent l’aval de la maison-mère. Quatre dessinateurs publieront leur album cette année. On attend dans un registre très différent Tebo (un des disciples de Zep) et surtout le Français établi au Canada Régis Loisel. Mais pour le moment, on peut déjà lire le premier Mickey d’un duo français formé de Keramidas et Trondheim et celui de l’auteur de Jonathan, Cosey. Et c’est du lourd !

5 images
Mickey's Craziest Adventures, de Trondheim et Keramidas © Glénat / Disney

Nicolas Keramidas est loin d’être un choix incongru pour cette collection. Comme Pedrosa ou Guarnido (le dessinateur de Blacksad), il a travaillé en France dans les années 90 chez Disney. Cet apprentissage de l’animation a laissé chez lui comme chez les autres auteurs français passés ensuite à la BD une véritable marque de fabrique. Elle se marque tant dans la vivacité du trait que dans la narration et le découpage de l’action. Mais Keramidas a souhaité s’appuyer son sur ami Lewis Trondheim pour le scénario. Trondheim, auteur entre autres de la série Lapinot, devenu l’une des têtes de pont du magazine Spirou, co-fondateur de L’Association, co-auteur de la pléthorique série Donjon avec Joann Sfar, repreneur occasionnel de Spirou et Fantasio, est un garçon qui sait tout faire. Quoi qu’il attaque, il le fait par la face Nord. Il n’a pas dérogé à la règle, inventant une succession de gags en une page qui forment une histoire complète dans l’univers Disney des années 60.

L’idée de génie de Trondheim : partir du principe que l’histoire est en fait issue d’un magazine de 1965, Mickey’s Quest, dont on n’aurait pas retrouvé tous les numéros ! Résultat, il manque plein de pages à l’histoire, ce qui a permis à Trondheim de jouer avec des ellipses assez redoutables, demandant au lecteur de combler lui-même les trous mais donnant de la sorte un rythme effréné à son histoire. Rendez-vous compte : à la page 48 de l’album, on lit ... l’épisode 82. Keramidas est aux anges. Grâce à ce subterfuge, chaque page emmène les héros dans un décor différent (et même dans un genre à part) et permet l’adjonction de tous les protagonistes de l’écurie Disney, fût-ce le temps de quelques cases.

On croise donc dans Mickey’s Craziest Adventures aussi bien Donald que Géo Trouvetou, Minnie, Pat Hibulaire, les Castor Junior, les Rapetou, Onc‘ Picsou et j’en passe. En un ultime clin d’oeil, c’est l’avatar animalier bien connu de Trondheim lui-même que dessinera Keramidas dans l’avant-dernière page de l’album. Tout cela est formidablement inventif et magistralement ficelé. Une leçon de bande dessinée en même temps qu’une démonstration d’humour sous contrainte. Et pour ajouter au côté nostalgique de l’affaire, Keramidas a joué avec des trames "vintage", ajouté des tâches figurant l’usure du temps sur ses pages, et même joué avec une déchirure en bas d’une des planches dont le contenu ne pouvait passer le cap de la censure Disney. Du grand art !

 

5 images
Une mystérieuse mélodie ou comment Mickey rencontra Minnie - Cosey © Glénat / Disney

Quant à Cosey, dont on reconnaît immédiatement la gamme de couleurs en couverture, on pouvait se demander ce qu’il allait pouvoir faire si loin de son univers. Mais l’amour qu’il porte à Disney et qui le ramène à son enfance l’a porté vers un livre profondément tendre. Dans Une mystérieuse mélodie, Cosey nous raconte la rencontre entre Mickey et Minnie.

Nous sommes dans les années 20 et l’auteur de Jonathan s’amuse lui aussi à "vieillir" son dessin à l’aide de trames. Mais surtout, il change profondément son graphisme, repartant vers une épure plus grande encore, cherchant toujours plus de simplicité et d’efficacité dans le trait. Lire ce livre est émouvant. Non seulement parce qu’un très grand nom de la BD européenne s’y met au service d’un rêve de gosse. Mais aussi parce qu’il est rare qu’un auteur de son acabit abandonne presque tout ce qui fait son style pour aller vers une sorte de quête du Graal consistant à retrouver une vraie candeur graphique. Si tous les livres de la collection sont du niveau des deux premiers, on va se les arracher !

Le 07/03/16 : Livr(é)s à domicile accueille Mathias Malzieu

Mathias Malzieu est surtout connu comme chanteur du groupe de rock Dionysos. Mais l’artiste français originaire de Montpellier est bien plus que ça. A la fois musicien, auteur-compositeur, interprète, photographe, réalisateur et écrivain, il est l'invité de Thierry Bellefroid et d'une lectrice hyperactive comme lui, Isabelle Schapira. Mathias Malzieu a publié chez Albin Michel un journal intime sur son expérience de la maladie rare qu'on lui a diagnostiquée en 2013. Un livre pas du tout misérabiliste mais une leçon de vie chargée d'humour. Sur La Deux à 22h45.

 

Mathias Malzieu commence par fonder le groupe Dionysos en 1993 avec des amis de lycée. En 1998, c’est sa première tournée et l’on découvre sur scène un personnage parfaitement détonant !

En 2002, premier disque d’or (" Western sous la neige ") et un concert à l'Olympia. 2005 sera une année particulièrement riche dans son parcours, avec la sortie de l’album " Monster in Love" et son émouvant premier roman " Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi ", écrit à la suite du décès de sa mère. Sans oublier " La femme chocolat " qu’il réalise et coécrit pour Olivia Ruiz, sa compagne de l’époque.

Mathias Malzieu est aussi photographe à ses heures. Il inaugure sa première expo " Lomo Amigo " en 2010 pour le site Lomography, une expérience qu’il rééditera.

Il est aussi le réalisateur, avec Stéphane Berla, d’un film d’animation en 3D à l’énorme succès public, " Jack et la mécanique du cœur " (2014), produit par Luc Besson et adapté de son roman traduit en 22 langues. L’histoire d’un jeune garçon dont le cœur gelé est remplacé par une horloge et qui ne peut surtout pas tomber amoureux pour que les aiguilles ne s'emballent pas... A noter aussi que " L’Homme Volcan ", son conte pour iPad et iPhone, a remporté le Prix du livre numérique en 2012.

Pour " Livr(é)s à domicile ", Mathias Malzieu qui n’a jamais cessé d’écrire, s’est rendu chez une lectrice aux multiples facettes comme lui, Isabelle Schapira, réalisatrice, scénariste, assistante de production et directrice de casting. Ensemble, ils parleront de son livre " Journal d’un vampire en pyjama " publié chez Albin Michel en même temps que son nouvel album éponyme. Le journal intime qu'il a tenu durant l'année où il a lutté contre la maladie du sang qui a altéré sa moelle osseuse.