Berlin 2.0, Quand le modèle allemand tant vanté montre ses limites

Berlin 2.0 - Mathilde Ramadier, Alberto Madrigal
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Berlin 2.0 - Mathilde Ramadier, Alberto Madrigal - © Futuropolis

Mathilde Ramadier avait déjà tout dit au printemps 2014, dans le troisième numéro de l’excellente Revue Dessinée. Un long article dans lequel elle pointait les dérives du modèle allemand. Cette fois, elle y revient, non plus sous une forme journalistique, mais fictionnelle.

 

Exit Pochep, qui avait illustré l’article de La Revue. C’est avec un jeune Espagnol installé à Berlin et qui publie aussi bien en Espagne qu’en Italie que Mathilde Ramadier s’attaque à l’histoire de Margaux. 23 ans, fraîchement diplômée, cette Française est bien décidée à aller là où les choses se passent. Berlin, pour beaucoup de jeunes de son âge, surtout ceux qui sont attirés par le secteur culturel, est une sorte de phare. Des centaines de start-up y rivalisent d’idées et de compétences, souvent aux mains de trentenaires. Il y a les galeries d’art, innombrables. Les agences de com. qui tentent de réinventer la roue, et si possible, dans toutes les langues à la fois. Et puis, il y a la vie nocturne, une jeunesse foisonnante et débridée. Une sorte d’anti-Paris, pour Margaux, qui part la fleur au fusil, prête à quelques compromis avec le confort, à commencer par accepter la colocation. D’ailleurs, quand on vient de la capitale française, même une colocation réserve davantage d’espace pour soi dans une ville comme Berlin : les pièces sont gigantesques, les plafonds hauts, l’espace généreux.

 

Bref, le lecteur va suivre les premiers pas d’une jeune Margaux enthousiaste, confiante en son avenir. Elle est intelligente, diplômée, partiellement expérimentée, polyglotte et travailleuse. Pourquoi les choses ne se passeraient-elles pas bien ? Margaux, double de l’auteure elle-même, va pourtant bientôt découvrir l’envers du modèle allemand, ce modèle tant mis en avant par les dirigeants européens. L’ultra-libéralisme " à la Merkel " touche tous les secteurs, à commencer par le culturel. Devant la profusion de main d’oeuvre surdiplômée attirée des quatre coins de l’Europe par cette ville-aimant, les patrons de start-up ou de galeries d’art n’ont aucun état d’âme. Margaux découvre peu à peu la véritable réalité du modèle allemand. Certes, on trouve du travail. Mais à quel prix ? Contrats précaires - ils seraient jugés illégaux chez nous mais la loi allemande les autorise. Amplitudes horaires indécentes - c’est à peine si rentrer dormir quelques heures chez soi n’est pas considéré comme indécent. Et surtout, salaires en-dessous de tous les minima envisageables.

 

Un exemple ? Margaux discute avec Katja, une jeune femme à peine plus âgée qu’elle à qui le patron d’une start-up, David, a confié la mission de lui expliquer quel sera son travail. Tout va très bien jusqu’au moment où Katia annonce en souriant : " Très bien. Le salaire est de 600 euros. " " Ah, c’est donc un mi-temps ? " répond Margaux. " Non, c’est quarante heures par semaine. Classique.(…) Et tu as droit à un jour de repos par mois. Il faut juste nous prévenir deux semaines à l’avance minimum. "

 

Voilà un exemple parmi d’autres de ce que va découvrir à Berlin cette jeune Française. Et on ne parle même pas de ce que va lui coûter la Sécu. À travers ce personnage fictif, Mathilde Ramadier dépeint la situation de milliers de jeunes. Français, Belges, Néerlandais. Irlandais. Et on en passe.

 

Le dessin est fonctionnel, léger, privilégiant les teintes aubergine et sépia. On ne s’attarde pas sur les cases d’Alberto Madrigal, mais on sent qu’il s’est totalement mis au service du récit et qu’il n’est pas là pour faire une démonstration. En revanche, en matière de démonstration, le livre fait réfléchir. Et peut-être mieux que pas mal d’articles de presse. Plonger dans la réalité économique de la capitale allemande permet de démythifier une série de clichés. Comme quoi, la fiction peut être la meilleure amie du réel.

 

Berlin 2.0 - Mathilde Ramadier, Alberto Madrigal, Futuropolis

Le 15/02/16 : Livr(é)s à domicile reçoit Michka Assayas

C’est chez la basse belge d’origine libanaise, Shadi Torbey, 3e prix au Concours Reine Elisabeth en 2004, que les caméras de Livr(é)s à domicile se sont installées. Le chanteur classique qui se produit partout en Europe, reçoit chez lui le critique de rock Michka Assayas qui raconte dans son livre " Un autre monde " (éditions Rivages) comment il a décidé de monter, lui aussi, sur scène. Avec également un focus sur la légende de James Dean via le roman de Philippe Besson, " Vivre vite ", sorti en collection de Poche. Sur La Deux à 22h45.

Un écrivain d’une cinquantaine d’années, fan de musique depuis l’âge tendre, critique de rock éminent, décide un jour de monter sur scène, assouvissant ainsi un vieux rêve. Michka Assayas revient dans " Un autre monde " sur son expérience cocasse. Un roman générationnel, foisonnant de tableaux saisissants et d'anecdotes truculentes, qui évoque avec finesse les questions de la transmission et de l'héritage dans un monde en pleine mutation. Car " Un autre monde " n’est pas seulement l’histoire (souvent drôle) d’un ancien critique rock qui empoigne un instrument et se met en tête de composer, c’est aussi un beau questionnement sur les relations entre un père et son fils.