Le Grrrand Roman-Feuilleton de l'Automne : "Du Rififi à Germinnes", épisode 4

Déborah Destin sauvera-t-elle les ambitions de Jacques Martin à la commune de Germinnes ?
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Déborah Destin sauvera-t-elle les ambitions de Jacques Martin à la commune de Germinnes ? - © Slavica - Getty Images

Ah non ! Il ne manquait plus que ça ! 

Résumé des épisodes précédents : la guéguerre entre les prétendants à la place de bourgmestre de Germinnes prend un tour tragique avec la disparition tragique et inopinée de la gloire locale, Paul-Etienne Maréchal, coureur cycliste contrarié du Tour de France, et supporter parjure des deux camps.. 

Episode 4

"An non ! Il ne manquait plus que ça !" s’écria Jacques Martin, lorsqu’un de ses collaborateurs vint lui apprendre la mort de Paul-Etienne Maréchal. Le politicien était si fier d’avoir attiré dans ses filets l’ancien coureur cycliste. Certes, Maréchal n’était pas une flèche ; plutôt ce qu’il est convenu d’appeler un "binamé". Mais il bénéficiait d’une énorme capital de sympathie dans tous les quartiers de Germinnes, et savait faire ce dont Martin était incapable : tailler une bavette et serrer des pognes. Pendant la campagne électorale, le rival du bourgmestre avait savamment distribué les rôles : à lui les grands discours sur les podiums et les interventions médiatiques, à Paul-Etienne la descente dans la rue et l’écoute des doléances et des anecdotes des Germinnois.

Car Jacques Martin avait non seulement un problème de contact avec le vulgum pecus, il avait aussi un souci d’ordre privé : c’était un "homosexuel honteux". Stratégiquement, il savait que sa carrière politique allait faire long feu dans la ville s’il faisait son coming out, qui lui aliénerait illico la moitié de la population. Il vivait depuis plusieurs mois une relation passionnelle avec son assistant/secrétaire/attaché de presse/homme à tout faire Grégory Pietton, mais officiellement, il restait célibataire car, disait-il, "son combat pour le renouveau de Germinnes lui prenait tout son temps."

Jacques Martin se doutait bien que le décès de Maréchal était un sale coup ourdi par Willy Vertegenbroeck. Que faire ? L’attaquer frontalement sur ce dossier ? C’était trop risqué, car Jacques savait bien qu’il avait tiré le premier et franchi la frontière de l’illégalité pour soudoyer la DRIGSCT afin d’obtenir la fermeture des friteries si chères à Willy… Non, il fallait plutôt aller de l’avant et trouver, le plus rapidement possible, une star germinnoise capable de faire oublier le populaire cycliste et d’asseoir la renommée de Jacques "vers l’infini, et au-delà" comme aurait dit Buzz l’Eclair dans "Toy Story". Mais il avait beau réfléchir à s’en faire péter les neurones, le politicien ne trouvait personne de célèbre ayant grandi à Germinnes. Il feuilletait fébrilement la dernière édition augmentée du "Dictionnaire des Belges", mais le verdict était sans appel : rien, nada, que dalle !

C’est alors que Grégory déboula, ébouriffé, dans son bureau, brandissant un exemplaire du dernier numéro de "Paris Flash" : "Jacky ! Jacky ! (Grégory avait choisi ce petit nom pour son amant), lis ça !" En page 7, s’étalait un portrait d’une jeune chanteuse, Déborah Destin, choisie pour représenter la France au prochain concours Eurovision de la chanson. Le début de l’article précisait : "Déborah, née il y a vingt-quatre ans à Germinnes, a quitté sa campagne wallonne pour monter à Paris. Un choix heureux puisque la voilà aujourd’hui prête à se produire devant des millions de spectateurs "…

 

suite du feuilleton lundi prochain à 14h, sous la plume de Camille De Rijck

pour relire les épisodes précédents

 


"Du rififi à Germinnes"est une tragédie politique au temps d’élections incertaines sur fond d’épidémie.

A raison de 4 épisodes par semaine, Camille De Rijck et Hugues Dayez ont décidé de mettre à profit le temps du confinement pour créer un feuilleton à lire, sous la forme d’un cadavre-exquis. Rendez-vous les lundi, mardi, jeudi et vendredi à 14h sur le site RTBF Culture pour connaître la suite de leur récit rocambolesque