Le Grrrand Roman-Feuilleton de l'Automne : "Du Rififi à Germinnes", épisode 3

Paul-Etienne Maréchal, classé cent-huitième au Tour de France 1990, héros de la commune de Germinnes, où il coulait des jours tranquilles avant de ....
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Paul-Etienne Maréchal, classé cent-huitième au Tour de France 1990, héros de la commune de Germinnes, où il coulait des jours tranquilles avant de .... - © Mike Kemp - Getty Images/Tetra images RF

"C’est grand malheur", soupira Willy.

Résumé des épisodes précédents : les élections communales à Germinnes mettent en péril l’écharpe du bourgmestre sortant Willy Vertegenbroeck, talonné par son jeune rival Jacques Martin. Une épidémie de Bacille mangeuse de chair fera-t-elle fermer toutes les friteries de la ville ?

Episode 3

"C’est grand malheur", soupira Willy.

Le plus célèbre des Germinnois était allongé sur la table mortuaire du Docteur Placide : Paul-Etienne Maréchal, classé cent huitième au Tour de France 1990.

L’homme avait fait vibrer Germinnes comme personne avant lui. Dans une échappée mémorable, il était parvenu à doubler Laurent Jalabert sur le col du Grand Colombier, dévalant tout droit vers une victoire promise que seul un pneu crevé par un hérisson intrépide empêcha. Arrivé bon dernier, il fut néanmoins fêté par toute la ville et porté en triomphe sur la place de la Constitution, enseveli sous une pile de cotillons et de paquets de frites.

C’est à cette occasion que Willy avait prononcé son premier discours maïoral. Depuis, Paul-Etienne était devenu le symbole du règne de Willy et Willy le lui rendait bien. Par exemple, au hasard d’une conversation avec Président de la SGLP (Société Germinnoise du Logement Populaire), il lui avait trouvé un ravissant deux-pièces avec vue sur la rivière Fistule, qui coulait des jours heureux entre les trois beffrois de Germinnes, où Paul-Etienne passait ses journées à rêvasser en regardant la télé câblée.

De quoi est-il mort, le traître ?

demanda Willy au Docteur Placide qui venait de déposer sur la table le cerveau du défunt qu’il examinait au microscope.

(Il convient à ce moment de notre récit de faire une incise – sans mauvais jeu de mots – sur l’apostrophe de Willy : si ce dernier qualifiait Paul-Etienne de traître, c’est parce que Paul-Etienne était un traître d’envergure biblique. Car après des années passées à occuper une position éligible sur les listes de Willy, il venait de rejoindre la liste de Jacques Martin – le politicien, pas l’animateur de L’Ecole des fans – provoquant une hémorragie de voix et le ballottage subséquent, dont il a déjà été fait mention plus tôt dans cette chronique de la vie germinnoise).

Le Docteur Placide se racla la gorge derrière son masque FFP2 et sous sa combinaison anti-nucléides : "Ça, ce n’est pas une grande colle ; la grande détérioration des tissus carnés, particulièrement à hauteur de l’épigastre est symptomatique de l’épidémie que nous combattons. Il est donc clair qu’il est mort du virus d’Oulan-Bator. Ou alors il a été empoisonné. C’est soit l’un, soit l’autre". Willy eut l’air embarrassé, mais derrière son embarras, un observateur avisé n’eut pas éprouvé de peine à deviner un éclair de triomphe.

Pendant ce temps, sur le parking de la polyclinique Paul-Henri Spaak de Germinnes, à l’abri des caméras de surveillance, Wilhelmine Mirpoix vidait dans le sterfput des eaux usées, un petit flacon de venin de crotale, acheté sur eBay à un dresseur de serpents d’Oulan-Bator.

suite du feuilleton ce vendredi à 14h, sous la plume d'Hugues Dayez

pour retrouver les épisodes précédents

"Du rififi à Germinnes"est une tragédie politique au temps d’élections incertaines sur fond d’épidémie.

A raison de 4 épisodes par semaine, Camille De Rijck et Hugues Dayez ont décidé de mettre à profit le temps du confinement pour créer un feuilleton à lire, sous la forme d’un cadavre-exquis. Rendez-vous les lundi, mardi, jeudi et vendredi à 14h sur le site RTBF Culture pour connaître la suite de leur récit rocambolesque