Le Grrrand Roman-Feuilleton de l'Automne : "Du Rififi à Germinnes", épisode 13

Un chat tout en rondeurs peut facilement dissimuler un secrétaire général des Nations unies..
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Un chat tout en rondeurs peut facilement dissimuler un secrétaire général des Nations unies.. - © Maria Fedotova - Getty Images

Résumé des épisodes précédents : Déborah Destin arrivée à bon port et à Germinnes, se doute-t-elle qu’elle participe à l’insu de son plein gré à la machination diabolique de Wilhelmine Mirpoix pour sauver la dignité – déjà fortement érodée - de son patron Willy Vertegenbroeck ?

Episode 13

La villa, sise sur les coteaux limoneux de Germinnes était une œuvre de jeunesse du grand architecte Christian de Portzamparc, alors cinéphile acharné, qui avait réalisé une parfaite copie de la maison de James Mason dans "North by Northwest".

Le salon kitchenette avec bar à cocktails, tourné vers le beffroi de Sainte-Walburge offrait une vue imprenable sur la ville-cité, bâtie par le chevalier-paysan Childéric Vertegenbroeck au onzième siècle de notre ère, à son retour de croisade dans la compagnie du bon roi Louis qui l’avait fait "Noble compagnon du vif goulot goulu", honneur aussi rare que prestigieux.

On dit que lors de son passage a Germinnes en 1989, alors qu’elle revenait du sommet du G20 à Charm-El-Cheikh, la première ministre britannique avait tenu à rendre visite au reliquaire du grand homme et n’aurait pas hésité à piocher dans sa cave de Sherrys millésimés.

"Mais que c’est beau, ici", s’émerveilla Déborah Destin en faisant valser ses Louboutin aux quatre coins de la pièce, "on se croirait dans cette maison de Hitchcock".

Wilhelmine Mirpoix, dont la culture cinématographique était lacunaire, crut que Déborah Destin la comparait à la vieille mère desséchée de Norman Bates dans "Psychose", ce qu’elle prit avec un humour feint, car de grandes choses étaient en jeu.

"Je vous laisse. Rendez-vous à 11h17 pour le premier conseil de sécurité ; une formalité avant d’être mise en contact avec le candidat bourgmestre dont la vie est menacée par de nombreux attentats", Mirpoix tourna les talons et prit la direction de la nationale 32, où elle avait ses habitudes.

Déborah ouvrit la fenêtre pour laisser entrer un chat qui faisait le pied de grue en miaulant depuis plus d’une demi-heure. Le félin, plutôt adipeux, eut du mal à faire passer son gros derrière par l’entrebâillement du mâchicoulis, mais finit par entrer corps et âme dans l’habitation.

Sitôt fait, le ciel devint sombre, des éclairs perturbèrent le calme profond de Germinnes et un gigantesque nuage incandescent et tourbillonnant se dessina autour du félin. Déborah, pas du tout étonnée, se limait les ongles en assistant au spectacle. Soudain, le chat se transforma en humain, sauf qu’il lui restait encore trois griffes et une demi-moustache.
L’ancien secrétaire des Nations Unies, le respectable Ban-Ki Moon, rédacteur de la charte d’éthique électorale venait d’apparaître.

- "Secrétaire Moon, je vous attendais", dit calmement Déborah.
- "Ce virus a rendu les déplacements difficiles, et je suis obligé de faire appel à des ruses indignes de ma condition pour faire appliquer les lois électorales. Alors, vous avez pu infiltrer les officines de Jacques Martin ? Les Nations Unies sont très inquiètes de ce qui se passe à Germinnes".
- "Installez-vous, mon cher Ban-Ki, voulez-vous un petit Cosmopolitan, ou une alors boite de Charonron ?"

La blague ne fut pas du goût du grand homme, qui ne put s’empêcher de feuler :

Bon, Déborah, dites-moi tout !

Comment Hugues Dayez va-t-il rebondir pour nous relater la suite de la saga germinnoise ? Rendez-vous demain mardi, ici même à 14 heures..

pour retrouver le fil de cette histoire en lisant les épisodes précédents


"Du rififi à Germinnes"est une tragédie politique au temps d’élections incertaines sur fond d’épidémie.

A raison de 4 épisodes par semaine, Camille De Rijck et Hugues Dayez ont décidé de mettre à profit le temps du confinement pour créer un feuilleton à lire, sous la forme d’un cadavre exquis. Rendez-vous les lundi, mardi, jeudi et vendredi à 14 heures sur le site RTBF Culture pour connaître la suite de leur récit rocambolesque.