Le Grrrand Roman-Feuilleton de l'Automne : "Du Rififi à Germinnes", épisode 11

Que se cache-t-il dans la vieille mallette que Willy Vertegenbroek a amené subrepticement à l'Abbatiale Saint-Siméon-le-Stylite de Germinnes ?
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Que se cache-t-il dans la vieille mallette que Willy Vertegenbroek a amené subrepticement à l'Abbatiale Saint-Siméon-le-Stylite de Germinnes ? - © firemanYU - Getty Images/iStockphoto

Résumé des épisodes précédents : Ayant découvert les plans machiavéliques de son rival, Willy Vertegenbroek se doit de réagir promptement, s’il ne veut pas perdre et la face et l’écharpe maïorale dans ce combat sans merci… Mais à quel saint peut-il se vouer alors que les friteries de Germinnes sont en grand péril ?

Episode 11

Dans la grande Abbatiale Saint-Siméon-le-Stylite de Germinnes, où jadis on avait découvert, au XIIe siècle, sous une dalle fendue, un reliquaire contenant le coccyx fracturé du grand Saint, Willy priait agenouillé, encore tout odorant de sa succulente fricandelle qu’il avait ingurgitée avec un petit café et une pression au litre, fermentée dans la région chez un fermier bio.

- "Seigneur, donne-moi la force d’estourbir ce fourbe de Jacques Martin…"

Seulement, en lieu et place de la voix caverneuse de son créateur, barbu et tout serti d’or, c’est un organe hideux et détesté qui se fit entendre. La voix la plus épidermiquement haïe : celle de Jacques Martin en personne.

- Alors, nous en sommes là ?

Willy tremblait, car la rencontre qu’il avait proposée à son rival entrait en infraction directe avec tous les règlements électoraux de l’Organisation des Nations Unies, lesquels avaient été rédigés à la main par l’ancien secrétaire Ban-Ki Moon.

- "Que me veux-tu, maudit dégénéré ?" surenchérit Jacques Martin dans l’irrespect le plus absolu du code de courtoisie électorale rédigé à la main par l’ancien secrétaire général Ban-Ki Moon et qui peinait décidément à se faire respecter de par le vaste monde.

Je te demande de renoncer à l’élection communale. Car Germinnes, c’est toute ma vie

Willy rajusta son pantalon de flanelle, agita son énorme abdomen qui s’ébroua comme le flan fluo de Jurassic Parc et prit sa respiration : "J’ai demandé à Wilhelmine Mirpoix de racler jusqu’au dernier écu de notre trésor de guerre électoral. Je sais que Grégory et toi tenez à refaire votre portail et votre allée de nains de jardin avant votre union civile. Il y a dans cette valisette largement de quoi acheter sept ou huit nains de jardin chez Brico. Prends, c’est à toi. Mais je te demande de renoncer à l’élection communale. Car Germinnes, c’est toute ma vie".

Jacques Martin n’en croyait pas ses yeux. Il ne comprit pas non plus pourquoi sa main se referma sur le manche de l’attaché-case ni pourquoi il quitta l’Abbatiale avec le magot, ni encore moins pourquoi il s’empressa d’aller chez Brico avec Grégory pour choisir huit nouveaux nains de jardin construits sur le modèle du Lutin Plop.

Au rayon du Brico, la préposée aux nains de jardin ne se tenait plus : ces deux clients étaient visiblement fous de ses produits. "Celui-ci est un modèle vraiment extraordinaire, il est fabriqué à Roeselare avec coopératives locales, en circuit clos. C’est de la résine de bloemkool. L’ancien Premier ministre Herman Van Rompuy a accepté de servir de modèle. Tenez. Quand on appuie sur son nez il récite des Haïkus :

Daar, en zee,

Een ooievaar

Plezier en genot

 

- "Oh mais c’est extraordinaire !", s’exclama Grégory. Jacques Martin n’en menait pas forcément plus large. À vrai dire, de lourdes larmes se dessinaient dans ses yeux. Il savait bien qu’il avait trahi tous ses idéaux politiques et que la guerre de Germinnes ne pouvait pas s’achever comme ça. D’ailleurs, il eut une idée, qu’il s’empressa de confier à son nouveau nain de jardin :

- "Herman, tu sais quoi ? On va faire comme si on n’avait jamais reçu ces fonds secrets. Et on va quand même faire venir Déborah Destin".

Un éclair de folie traversa les yeux du nain de jardin, toujours partant pour un coup tordu.

la suite du feuilleton sous la plume d’Hugues Dayez demain vendredi à 14h

pour retrouver le fil de cette histoire en lisant les épisodes précédents



"Du rififi à Germinnes"est une tragédie politique au temps d’élections incertaines sur fond d’épidémie.

A raison de 4 épisodes par semaine, Camille De Rijck et Hugues Dayez ont décidé de mettre à profit le temps du confinement pour créer un feuilleton à lire, sous la forme d’un cadavre exquis. Rendez-vous les lundi, mardi, jeudi et vendredi à 14 heures sur le site RTBF Culture pour connaître la suite de leur récit rocambolesque.