Le Grrrand Roman-Feuilleton de l'Automne : "Du Rififi à Germinnes", épisode 10

Quoi de mieux pour décompresser.. se disait Willy Vertegenbroek perdu dans ses pensées
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Quoi de mieux pour décompresser.. se disait Willy Vertegenbroek perdu dans ses pensées - © Amy Muschik / EyeEm - Getty Images/EyeEm

Résumé des épisodes précédents : Pour gagner les bonnes grâces de Déborah Destin avec une médaille qui n’avait même pas le mérite d’exister, le camp de Jacques Martin a mis en place une entourloupe machiavélique… aussitôt démasquée par la vigilance du camp adverse !

Episode 10

Wilhemine courut à toutes jambes à l’hôtel communal de Germinnes, gravit les escaliers monumentaux quatre à quatre et, sans attendre une réponse, ouvrit triomphalement la porte du bureau de Willy Vertegenbroek.

- "Willy ! Willy ! Victoire, on…"

Mais le bureau du bourgmestre en titre était vide. Mademoiselle Mirpoix franchit le seuil pour interpeller sa secrétaire :

- "Nadine… bon… sang… Où… est… Willy ?"

Elle haletait à chaque syllabe, car ses derniers exercices physiques remontaient à l’âge d’or de l’aérobic télévisé, époque Véronique et Davina.

- "Ben, à la friterie, tiens !"

- "Quelle friterie, nondidju ? Elles sont toutes fermées ! Et encore plus à dix heures du matin !"

- "Non, non, pas "La frite dorée et adorée", la baraque a obtenu l’autorisation de réouverture de la Direction Générale Machinchose… Ils viennent de téléphoner à Willy pour leur annoncer…"

- "Ok, merci, je fonce !"

Wilhemine trouva Willy exultant sur la place du beffroi Saint-Placide, assis à la somptueuse terrasse de "La frite dorée et adorée" (consistant en deux tables pliantes en plastique fluo, et des chaises dans le même matériau, qui supportaient mal la surcharge pondérale du sieur Vertegenbroeck).

Il dégustait une barquette de fricandelles avec une jouissance double : primo, celle inhérente à la saveur du produit, secundo, celle, plus intellectuelle, d’avoir gagné la réouverture de son établissement favori, obtenue en graissant la patte d’un fonctionnaire influent de la Direction Régionale de l’Inspection Générale de la Santé et de la Coercition Transversale.

Willy "avait bon". Hélas, il avait bon tout seul : à dix heures du matin, ses administrés semblaient peu tentés à l’idée d’engloutir un cornet de frites – même avec une sauce Samouraï, spécialité du lieu – et la place était déserte.

- "Willy ! Qu’est-ce que tu fous ! Je m’escrime à contrer les plans de Jacques Martin, et toi tu désertes ton bureau pour aller bouffer des crasses ?vitupéra Wilhemine. "En plus, c’est trrrès mauvais pour ton régime !"

- "Mais arrête de t’énerver, Mirpoix !"

Willy appelait toujours son échevine par son nom de famille, un réflexe hérité de son enfance au collège Saint-Placide, où personne n’appelait jamais personne par son prénom.

- "Tu ne comprends pas que cette réouverture va faire tache d’huile, que je vais prôner le principe de la libre concurrence, et que bientôt ce sera de nouveau la fête dans TOUTES les friteries de Germinnes ! Hourrah !"

- "OK. Tu es content, c’est très bien ! Mais si tu crois que ça va suffire à redorer ton blason, tu te fourres le doigt dans l’œil !"

Et Wilhemine expliqua à Willy tout ce qu’elle avait appris : le "Oui" de Déborah Destin, le concert, la médaille, Firmin en doublure…

- "Holàà !" s’écria Willy, en rajoutant, dans un grand élan de candeur : "Mais c’est malhonnête, ça !"

 

 

la suite du feuilleton sous la plume de Camille De Rijck, ce jeudi à 14h

pour retrouver le fil de cette histoire en lisant les épisodes précédents


"Du rififi à Germinnes"est une tragédie politique au temps d’élections incertaines sur fond d’épidémie.

A raison de 4 épisodes par semaine, Camille De Rijck et Hugues Dayez ont décidé de mettre à profit le temps du confinement pour créer un feuilleton à lire, sous la forme d’un cadavre exquis. Rendez-vous les lundi, mardi, jeudi et vendredi à 14 heures sur le site RTBF Culture pour connaître la suite de leur récit rocambolesque.