Félicien Rops : le peintre du politiquement non correct

Alors que beaucoup dénoncent un dangereux retour du " politiquement correct ", il est bon de se rappeler que la lutte contre la bien-pensance a toujours été un enjeu majeur pour les artistes. Esprit décalé et impertinent, Félicien Rops en est le parfait exemple. Cédric Wautier a poussé les portes du Musée éponyme pour mieux s’imprégner de l’œuvre de ce célèbre peintre namurois.

Rien dans ses premières années ne prédisait au jeune Félicien Rops une vie ponctuée par le scandale. Fils unique d’un industriel, le futur peintre voit le jour à Namur le 7 juillet 1833. Il bénéficie d’un enseignement privé avant d’entrer chez les Jésuites en 1844. A 15 ans, son père décède, il se retrouve sous l’autorité d’un tuteur qu’il déteste. L’adolescent s’affranchit alors de son milieu catholique et bourgeois qu’il ne cessera de critiquer par la suite.

Il commence par quitter les Jésuites, s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Namur. Il entame ensuite ses études à l’Université Libre de Bruxelles où il se lie avec l’écrivain Charles de Coster et s’introduit dans des cercles étudiants plutôt actifs tels " La Société des Joyeux " et le " Cercle des Crocodiles ". Il s’initie à la lithographie, se révèle excellent caricaturiste. Il continuera à développer son talent à " l’atelier libre Saint-Luc " deux ans plus tard où il fréquentera les futurs grands noms du réalisme belge : Artan, Dubois, Charles de Groux, Constantin Meunier.

 

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"La dame au pantin et à l’éventail " de Félicien Rops © Musée Félicien Rops

Peintre, dessinateur, illustrateur, Félicien Rops n’a jamais laissé indifférent. Longtemps décrié, interdit, jugé scandaleux, l’artiste namurois suscite toujours le débat. En cause, son rapport aux femmes mais aussi ses dessins pornographiques ou jugés immoraux durant de nombreuses années. Pousser les portes du Musée Rops à Namur permet de contextualiser l’époque et de mieux comprendre l’œuvre de celui qui raillait les conventions.

Guy Protin, guide au Musée Félicien Rops :

" Ce n’est pas uniquement la femme nue qui est scandaleuse. C’est surtout l’idée qui se cache derrière. Félicien Rops a toujours eu une dent contre la bourgeoisie. Sur cette œuvre, le bourgeois, c’est le pantin "

Rops mérite plus que jamais que l’on s’intéresse à lui, que l’on comprenne l’homme libre et profondément ancré dans les questions qui traversaient la fin du 19e siècle. Un épicurien, drôle, libre d’esprit et dans ses actes. Un homme qui se détournera de son milieu bourgeois après le décès de son père à quinze ans pour se focaliser sur l’art et son apprentissage. Pour questionner aussi la société. En cela, il manque à notre époque, souligne Véronique Carpiaux, la Conservatrice du musée. Ses œuvres en tout cas reflètent le questionnement et la personnalité de l’homme. Noires, cinglantes, torturées parfois mais aussi profondément humaines et libertaires. Des œuvres à découvrir avec, dans un coin de sa tête, l’une des devises de l’artiste : " Rops suis, vertueux ne puis, hypocrite ne daigne "…

 

Informations pratiques

Musée Félicien Rops, 12 rue Fumal à Namur.

Ouvert de 10 à 18h du mardi au dimanche. Ouvert tous les jours en juillet et août. Fermeture les 24, 25 et 31/12 ainsi que le 01/01.

Réservation obligatoire.